Accueil du site / Elevage privilégié

Elevage privilégié

L’abeille et le mouton font rêver les citadins qui ne supportent plus la société, la ville, ou un métier monotone, sans joie. Ils veulent reprendre pied dans la vie en faisant un retour aux sources, à la nature qui, seule, est vraie. La presse en a beaucoup parlé. On en a ri. Mais l’exode continue. Les ruraux ne voient pas toujours d’un bon oeil « ces contestataires fatigués » qui passent leur temps à tout remettre en cause. Ils savent, eux, qu’à la campagne, le travail commande. Et que l’agriculture est engagée dans une dure lutte du surprofit. Il faut tout raisonner, rationaliser pour gagner du temps. Sinon, on perd de l’argent !

Les écoles de bergers et à un degré moindre les cours de formation apicole sont tellement saturés de candidats, qu’ils se mettent à éprouver sérieusement la solidité de la vocation de leurs futurs élèves. Pour décourager les velléitaires, ces établissements exigent un stage préalable chez un professionnel. Le baccalauréat et les titres universitaires deviennent presque un handicap. On préfère les « moutonniers », c’est à dire les jeunes d’origine campagnarde qui connaissent les bêtes et les contraintes de tout élevage.

Cette méfiance n’est pas toujours justifiée. Et du reste les apiculteurs, comme les exploitants de moutons les plus ouverts ceux qui ont réussi souhaitent développer leur profession. Avec des gens sérieux et courageux. Et de ce côté, paraît il, ils n’ont pas l’embarras du choix.

Les débouchés existent donc. Le Français n’est pas un gros consommateur de miel, mais nous importons tout de même cet aliment à raison de quatre mille à quatre mille cinq cents tonnes par an. De même, avec un déficit de soixante cinq mille tonnes de mouton, nous mangeons, une fois sur trois ou quatre, du gigot étranger. Nos économistes distingués ont sans doute leurs raisons, mais nous préférerons, avec les apiculteurs et les bergers, nous en tenir à un raisonnement simple : pourquoi acheter ce qu’on peut produire ? D’autant plus que l’abeille féconde des fleurs à 80 %. Sans elle, presque plus de fruits, ni de graines. Notre agriculture a besoin de ruchers. Quant au mouton, il est, dans certaines régions montagneuses, le seul moyen d’exploiter la terre. Et par conséquent d’éviter la désertification de nos provinces les plus belles.

Pourquoi donc décourager les retours à la terre ? Il suffit d’avertir. En passant de la ville à la campagne, on change de soucis, ce qui est d’ailleurs une forme de repos. La conduite d’un rucher, comme celle d’un troupeau, exige beaucoup de connaissances et de raisonnement...

Le berger nourrit au biberon le agneaux un peu faiblards : c’est le côté attendrissant du métier, mais ce n’est pas l’essentiel.