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 Animateur de parc régional

C’est une grande et belle demeure. Mais qui demande à être restaurée. A l’intérieur on se sent bien. Les paperasses s’empilent sur un mobilier de fortune. Chacun travaille dans son bureau à la fois « relax » et concentré. Il s’agit pourtant d’un travail de type administratif. Mais ici les employés qui ne sont pas fonctionnaires appartiennent au Parc de Brotonne. Ils ont le bonheur de conduire une tâche de A jusqu’à Z. Ce « climat » est assez répandu dans les parcs régionaux.

Il y a donc beaucoup d’appelés et peu d’élus. Cent cinquante environ pour l’ensemble des parcs (soit l’équivalent d’une petite entreprise). Treize sont créés officiellement et huit sont en projet

Mais ces derniers « fonctionnent » déjà plus ou moins : pour montrer ce qu’ils peuvent apporter sur le plan local. Le futur directeur a donc déjà recruté ou en vue les personnes qu’il embauchera à la création officielle du parc.

Au moins une dizaine d’autres parcs, qui voudraient que leur demande de création soit « prise en considération » par la Commission interministérielle, sont mis en attente : il est bon de voir ce que deviennent les premiers parcs. Et puis intervient un problème de financement. Nous allons y revenir.

Disons tout de suite que l’animateur est beaucoup moins proche de la nature que le garde moniteur.

Il est souvent « sur le terrain », mais pas pour observer les animaux. Il sort surtout pour effectuer de multiples démarches. Bien sûr rien ne l’empêche de s’intéresser à la faune, mais il paraît que, bien souvent, il n’en a pas le temps. C’est un état de fait contre lequel on peut s’insurger « Je reste persuadé qu’il existe des débouchés de gardes naturalistes dans les parcs existant à l’heure actuelle », affirme le Pr Aguesse.

Pour le moment, tous les parcs régionaux font de la protection de la nature « au second degré ». Les animateurs organisent des expositions, placent des panneaux indicatifs sur les sentiers de randonnées, organisent des aires de pique nique. Mais, l’été venu, ce sont souvent des vacataires si vacataires il y a qui promènent les touristes. Les animateurs éditent aussi des brochures. Ils sont donc plutôt muséologues, photographes, graphistes ou conseillers agricoles, que naturalistes.

Il suffit d’ailleurs de feuilleter les dépliants dans lesquels les parcs résument leurs buts, leurs réalisations et leurs activités, ou leur charte constitutive, pour s’en apercevoir. Ils accordent une grande importance au maintien d’un certain style architectural local. Ils veulent sauvegarder un paysage, développer les activités artisanales qui se meurent et faciliter l’accueil des citadins chez les agriculteurs (gîtes ruraux). En un mot ils veulent redonner vie à une région. Ils cherchent bien sûr à promouvoir les activités agricoles, mais non pas l’élevage ou l’agriculture « biologiques ». Dans le Parc des Landes de Gascogne, la culture du maïs est à la fine fleur du modernisme, avec tout ce que cela implique de pollution...

Le Parc de Brière, par contre, s’est assigné pour objectif de recréer un équilibre écologique. Les roseaux envahissent le marais. Mais des génisses de deux à trois ans limitent très bien cette prolifération tout en consommant des graminées et des plantes herbacées. Les terres pâturées, avec de la bouse et du crottin, attirent les canards et les bécassines au moment des migrations. Au bout de quatre ans d’efforts, 10 % des agriculteurs suivent les instructions du Parc : les vaches sont conduites au printemps dans leurs pâtures avec des bateaux à fond plat. Et redescendues de même en novembre. Pour cette espèce de transhumance, on préfère les bêtes de races croisées, moins nerveuses au moment des manoeuvres. En 1975, pour la première fois, des veaux ont été embarqués avec leur mère. Leur chair plus ferme, et avec un petit goût de sauvage, devrait donner naissance à un label de qualité...

Enfin, les chasseurs ont admis qu’il valait mieux créer une zone de réserve et favoriser la nidification des canards en posant des paniers de ponte, que d’acheter tous les ans du gibier plus ou moins « domestiqué ». Et même certains pêcheurs ont apporté des gardons tachés de brun. Diagnostic d’un biologiste attaché au Parc : un parasite banal des écailles sans danger pour la consommation.

La Brière s’est donné un laboratoire d’écologie. Il sert à résoudre les problèmes très concrets du Parc (quel est le meilleur moyen pour fixer les canards ? etc.). Et il héberge momentanément des universitaires ou des étudiants. L’inventaire de la faune (mammifères et poissons exceptés) est encore à faire. Le marais sort de l’oubli. Les Briérons, qui travaillent dans les chantiers de Saint Nazaire, vont ils revenir à leur terre ?

Dans le Parc de Brotonne, M. Hécamps, le maire de Tocoveville, plante ses pommes de terre à la main : sur une toute petite parcelle. Le tracteur est passé en premier pour ameublir la terre. Le cheval vient en second pour tracer le sillon. C’est un bel Ardennais, bien sympathique avec ses gros paturons : « Vous n’en verrez pas de pareils à bien des kilomètres à la ronde », dit M. Hécamps. Il a sur le tracteur l’immense mérite d’être vivant. Seulement voilà, à notre époque il faut aller de plus en plus vite le rendement passe avant la qualité...

Tous les parcs ont leur physionomie propre qui dépend de leur implantation géographique et de leurs problèmes il est vraiment impossible de généraliser. Il faut éviter ici la pollution d’une rivière. Convaincre là que le remembrement ne doit pas faire disparaître tous les brise vent, voire qu’il faut replanter et entretenir des haies. La personnalité du directeur compte généralement beaucoup. Il peut venir du secteur privé ou être un haut fonctionnaire. Quoi qu’il en soit, il est l’homme orchestre, la cheville ouvrière du parc. Il « crée des liens ». Et il recrute son personnel en fonction de ce qu’il veut faire un architecte D.p.l.g., un « chef de travaux » chargé du contact avec les entreprises et de la surveillance des chantiers, une animatrice pour organiser les activités para scolaires...

Mais il faut tout de même bien savoir qu’on ne dirige jamais un parc contre la volonté des gens du terroir. D’abord parce qu’un parc régional est une émanation des collectivités locales (communes, conseils généraux des départements et établissements publics régionaux qu’on appelle en bref la « Région »). Et que ces collectivités locales se groupent en un « syndicat mixte » qui gère le parc. Ensuite, parce que des questions d’argent interviennent. Dans le courant de la conversation, le maire de Tocoveville glisse en riant « qu’il a perdu la confiance de son Conseil municipal depuis qu’il a adhéré au Parc de Brotonne ». Tout en reconnaissant « que ce n’est pas le Parc qui coûte cher aux habitants de la commune. Mais vous savez, l’argent... ».

Les parcs régionaux coûtent, en moyenne, de I à 3 F par an et par personne en impôts locaux : du moins en crédits de fonctionnement.

Mais il y a aussi les crédits d’équipement. Ils ne sont pas non plus très lourds : la « Région » prélève un maximum de 25 F par personne et par an, et ce qu’elle donne pour les parcs représente une faible part de leurs dépenses. Par ailleurs, bien des communes peuvent mettre à la disposition du parc des locaux désaffectés sans bourse délier...

Cela dit, les habitants d’un parc régional attendent de lui un mieux être. Non une restriction à des activités lucratives au nom de la Protection de la Nature avec des majuscules. Il faut couper la poire en deux. Mais un compromis n’est pas toujours une compromission. On peut ouvrer avec intelligence et diplomatie pour faire comprendre aux gens où est leur véritable intérêt.

L’État aussi subventionne les parcs régionaux. Il se montre assez généreux en subventions d’équipements (pour la construction d’une Maison de la nature, etc.). Il a donné quinze millions de francs en 1975 pour l’ensemble des parcs. Mais, bien sûr, plus le nombre des parcs augmente, et plus le quotient (« l’enveloppe ») pour chacun diminue si le dividende ne change pas. C’est pourquoi la Commission interministérielle limite la création des parcs à un ou deux par an, et freine « la prise en considération » des demandes de création. Il est vrai que toutes ces demandes ne sont pas mûres.

En matière de crédits de fonctionnement (frais de bureau, de téléphone, de déplacement, rémunération du personnel et budget animation), l’État se montre en revanche très parcimonieux. Et il n’accorde ses subventions que pour cinq ans au maximum. Après quoi, le parc peut solliciter différents ministères ou organismes intéressés par les actions qu’il a entreprises. Ou encore créer des activités commerciales : au risque de se transformer en Luna parc ! C’est là que le bât blesse !

Cette question de crédits de fonctionnement explique la disparité des salaires d’un parc à l’autre. Explique aussi que les directeurs espèrent bénéficier d’animateurs « mis à la disposition » des parcs par la Jeunesse et les sports, l’Agriculture et l’Éducation nationale : ils demeurent payés par leur ministère d’origine. Ce qui limite d’autant les débouchés pour ceux qui cherchent du travail.

Mais, au fait, pourquoi cet afflux de candidatures dans les parcs régionaux ? Ceux qui veulent simplement faire un retour à la nature sont mal informés et se trompent de voie. Il faut des compétences en sciences naturelles, dans le domaine socio culturel et surtout être rodé à la pratique administrative. Les techniciens de l’environnement de Neuvic d’ Ussel risquent d’être considérés comme des touche à tout sans véritable spécialisation. En fait, les gens des parcs régionaux viennent des horizons les plus divers. Un tel a fait un troisième cycle en sciences naturelles. Tel autre est un ex représentant de commerce. L’essentiel est d’avoir une certaine maturité et de pouvoir apprendre « comment on constitue un dossier, comment on le présente et à qui on doit l’adresser ».

Bien connaître l’Administration et toucher à tous ses rouages en France, quel tremplin ! Les parcs régionaux « usent » leur homme, dit on. Certains animateurs n’envisagent pas d’y travailler toute leur vie. Mais « on a pris tellement de contacts qu’on est sûr de trouver une situation par la suite »... Un « tuyau » pour se faire embaucher comme animateur « chercher dans la région du parc un emploi qui corresponde à votre qualification et participer ensuite à la réalisation des objectifs propres du parc » 2 En clair, c’est encore une fois le bénévolat...

Un espoir : la « Région » qui donne déjà des crédits d’équipement, serait éventuellement autorisée, par un décret en préparation, à prendre en matière de crédits de fonctionnement la relève de l’État, une fois les cinq ans écoulés...

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