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 Assistante vétérinaire

« Je ne sais pas comment le tenir : il n’y a pas de museau ! » La « chose » sans museau et qui gigote, c’est un Pékinois. Sa figure aplatie disparaît complètement sous le masque en caoutchouc qu’on enfile sur le nez des chiens « normaux » quand on veut leur faire une anesthésie gazeuse.

La chirurgie spécialisée que nous avons évoquée au chapitre des vétérinaires urbains, serait impraticable sans aides soignantes. Les jeunes filles qui travaillent avec ces praticiens, ont un métier qui les passionne. Elles assistent de bout en bout aux interventions. Chez le Dr L., dès que l’animal est endormi, elles rasent la région à opérer et enlèvent le poil avec un petit aspirateur. Elles désinfectent ensuite la peau à l’alcool et recouvrent l’animal de champs opératoires. Elles passent quelquefois les instruments, elles tiennent éventuellement une pince et surtout elles épongent le sang avec des compresses. Elles se chargent enfin elles mêmes du pansement.

Les plus volumineux sont ceux qui comportent une attelle. La technique consiste à enfiler la patte du chien dans une sorte de chaussette. Puis à l’entourer de larges bandes de sparadrap spécial. A poser une planchette de bois, coupée à bonne longueur, sur le membre qu’on veut immobiliser. Et à maintenir ensemble attelle et patte avec d’autres bandes de sparadrap élastique qui, pour finir, s’enroulent autour du bassin.

En fin d’intervention, quand l’effet de l’anesthésique commence à se dissiper, il arrive qu’un chien petit ou gros, soit pris de mouvements spasmodiques. C’est impressionnant... la première fois. On s’y habitue très vite comme à la vue du sang. A moins de s’être lourdement trompé sur sa vocation ! La radiographie . avant et après certaines opérations entre également dans les attributions des assistantes. Et quand l’animal revient en consultation, c’est l’assistante encore qui enlève les bandages, retire les fils et pulvérise sur la cicatrice rose, un pansement plastique qui forme en séchant une mince pellicule. Si le vétérinaire prescrit des médicaments, l’aide soignante les distribue en quantité voulue dans différents sacs de papier, de façon à éviter tout risque d’erreur : Voilà, Madame, vous lui donnez une ampoule de chaque, tous les jours, en alternant.

Les quatre secrétaires aides soignantes du D L. sont heureuses dans leur travail. Elles ont des responsabilités et, le matin, le contact avec l’animal est constant. L’après midi, elles procèdent à la stérilisation du matériel chirurgical, et à l’entretien des salles d’opération. La partie secrétariat essentiellement des lettres à taper d’après un enregistrement sur magnétophone s’avère très réduite. Mais leur situation est privilégiée. Exceptionnelle. Aussi exceptionnelle que le cabinet du D’ L.

Sur ces quatre assistantes, deux de « bons éléments » viennent du Collège agricole d’Evreux. Une troisième, bachelière, est secrétaire médicale « Depuis toujours, je voulais faire ça, dit elle, mais j’ignorais la bonne filière. Alors je me suis dit, qui peut le plus peut le moins ; j’arriverai bien un jour à être l’assistante d’un vétérinaire. Finalement j’ai quitté Dijon pour Paris et j’ai écrit à de nombreux praticiens. Le Syndicat des vétérinaires urbains m’a communiqué des listes d’adresses. Il m’a fallu tout de même quatre mois pour trouver cette place... » Un peu plus âgée, la quatrième assistante a travaillé précédemment en province avec un vétérinaire qui faisait plus de médecine que de chirurgie et qui gardait éventuellement les animaux malades chez lui : « C’était intéressant aussi. Plus varié. Je donnais tous les soins. » Elle n’a pas de diplôme, mais fait partie des aides soignantes « valables ».

Le D L. se félicite que les établissements scolaires d’Évreux et d’Ahun fournissent enfin à la profession de vraies assistantes : « Avant, c’était le recrutement au hasard, par petites annonces. Il fallait engager dix fofolles de la médecine pour trouver une personne compétente et réellement motivée. »

Rien de pire pour les vétérinaires que les fausses vocations. Elles sont nombreuses. La Directrice du Collège d’Evreux souligne que bien des jeunes filles se découragent, rebutées par les bêtes vieilles, malades ou blessées, faute d’avoir envisagé le métier avec réalisme.

Mais inversement, bien des secrétaires vétérinaires exercent peu leurs talents « d’infirmière ». De ce côté, leur rôle peut se borner à faire quelques analyses simples et quelques piqûres. Voire à remplir les seringues ou à tenir l’animal pendant l’injection. Certains praticiens ont l’habitude de se faire assister par leur épouse quand ils opèrent. Les secrétaires sont chargées de recevoir les clients, de répondre au téléphone, etc.

Ceci est surtout vrai en milieu rural. Là, quand le vétérinaire a une opération à faire, c’est pratiquement toujours le fermier qui vient lui prêter main forte pour tenir le bétail. S’il engage une assistante, c’est avant tout pour qu’elle le décharge de son travail de secrétariat, pendant qu’il donne ses consultations.

Il lui demande donc de prendre les rendez vous à sa place. De le joindre à l’extérieur par le radio téléphone auto pour lui signaler les urgences. De dactylographier son courrier. Et de facturer ses honoraires ainsi que le montant des produits vétérinaires qu’il distribue. Il lui est indispensable qu’elle tienne à jour sa comptabilité (les questions de TVA sont ardues), son fichier médical et son fichier prophylaxies (tuberculinisation et vaccinations obligatoires). Il compte aussi sur elle pour procéder à un inventaire permanent des médicaments qu’il est susceptible de prescrire. Ce qui suppose qu’elle commande, réceptionne, étiquette et range lesdits médicaments. Voire qu’elle les délivre sous son autorité et sa responsabilité. Elle doit connaître le tableau A B C des toxiques et avoir quelques notions de législation pharmaceutique.

En somme, il s’agit d’un emploi de secrétaire très spécialisée. Les qualités requises ? L’amabilité, le sens de l’accueil vis à vis des clients. Beaucoup d’ordre et de méthode pour la tenue des divers fichiers, de la comptabilité, etc. Et une patience sans faille envers le patron à la campagne, les vétérinaires, débordés de travail, sont souvent tendus...

Hélas, le contact avec les animaux a disparu pour l’assistante du « rural ». Ou presque. Un espoir cependant, puisque tous les vétérinaires ruraux se mettent plus ou moins à « faire du canin » (avec l’élévation générale du niveau de vie, on soigne mieux les chats et les chiens qu’autrefois)... Mais il ne faut pas se leurrer le travail d’infirmière à proprement parler, peut n’occuper que quelques minutes chaque jour. Tout dépend de la clientèle du vétérinaire... Autre inconvénient les horaires sont généralement élastiques, et c’est bien compréhensible.

Quoi qu’il en soit, le Collège d’Evreux et le Lycée d’Ahun dispensent cette formation spécialisée à deux niveaux différents aux jeunes filles qui sont déjà titulaires du B.e.p.a sous option A, ou du B.t.a. O. Ces deux diplômes se préparent respectivement en deux et trois ans. Et l’instruction de la spécialisation ne prend ensuite que de quatre à six mois. En somme, on commence obligatoirement par le plus ingrat. Certaines jeunes filles abandonnent en cours de route avant même d’avoir abordé la partie « clinique » : aseptie, mode d’administration des médicaments, soins, analyses de sang, urine, poils, jetage, excréments, maniement du microscope, développement des radiographies, etc. Celles qui persévèrent, sortent, aptes à travailler aussi bien en ville qu’à la campagne.

Elles auraient bien tort de bouder le métier en milieu rural : il leur est laissé une certaine initiative. Alors que souvent, l’aide soignante du praticien urbain s’entend dire à longueur de journée : « Faites ceci, faites cela. » Et les débouchés ne manquent pas. Ces restrictions faites, une jeune fille qui n’hésite pas, si besoin est, à changer de ville ou de région, doit certainement trouver une place en rapport avec ses capacités et ses aspirations. Pratiquement il y a autant de cas particuliers que de vétérinaires. Chacun organise son travail et celui de son assistante en fonction de sa personnalité.

Question salaire, il est très difficile de donner un chiffre. L’accord se fait de gré à gré (il n’y a pas de Convention collective) et il existe de grands écarts entre Paris et la province. Ainsi que d’une province à l’autre. Disons sous toute réserve, que la fourchette doit être de 1 500 à 2 000 F par mois pour une débutante.

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