La chasse au chien d’arrêt se pratique de moins en moins. Il est à cela bien des raisons dont la moindre n’est pas la sauvagerie grandissante du gibier. Nous sommes loin du temps où les perdreaux « tenaient » sous le nez du chien d’oiseaux » jusqu’à ce qu’un homme adroit se soit approché d’assez près pour capturer la compagnie entière d’un coup de filet, comme on le voit dans les vieux documents ; loin aussi du temps où ils prenaient leur vol à douze ou quinze mètres de chasseurs coiffés de gibus et armés de fusils à broche, comme dans les gravures de Vernet ou d’Alken.
A mesure que les armes se sont perfectionnées et que leur portée s’est accrue, le gibier a appris à partir de plus loin.
Dans les pays de grande culture, Beauce ou Picardie, les perdreaux courent indéfiniment sans rencontrer l’obstacle d’un arroi, ce qui met à dure épreuve la patience du chien et l’incline à courir lui aussi. Si la compagnie s’envole, neuf fois sur dix elle est hors de portée. Bien sage est le chien qui ne finit par galoper à sa poursuite !
Cette forme de chasse trouve pourtant encore sa place dans les régions coupées de haies où les champs sont petits, ou dans les landes qui, hélas ! sont rarement giboyeuses. Mais c’est en Ecosse, où les collines couvertes de bruyères sont vives en « grouses’ », que le chien d’arrêt peut encore être utilisé au mieux. Le plus joli spectacle est celui qu’offrent deux chiens d’arrêt travaillant de conserve.
Le chasseur marche dans la campagne, précédé de ses deux chiens qui croisent devant lui au grand galop, décrivant des diagonales. L’un d’eux soudain évente le gibier. Instantanément il se fige, rigide, la patte avant qui allait toucher terre s’immobilise sans se poser, le cou se tend, le museau s’allonge et, de la pointe de la truffe au bout de la queue, il n’est qu’une ligne droite. Aussitôt, son camarade (à quelque distance qu’il se trouve) se couche et attend. C’est l’ arrêt à patron », miracle de dressage ! Le chasseur, à grands pas, rejoint le chien qui tient l’arrêt et tous deux avancent jusqu’à l’envol du gibier. Pan ! Pan ! un « doublé » naturellement. Tel est le programme. Je l’ai rarement vu s’accomplir sans anicroches... Mes oreilles bourdonnent encore des cris de fureur des sportsmen déçus.
En Ecosse, sur les mors où la vue est très étendue, l’on se sert de chiens à « grande quête » qui chassent à deux cents ou trois cents mètres des fusils. Mais il est des chiens, à « quête courte », qui ne doivent pas s’éloigner de plus de trente ou quarante mètres. Enfin, il est des « bécassiers » qui recherchent la bécasse dans les bois, aussi la plupart du temps sont ils invisibles. C’est pourquoi l’on munit leur collier d’un grelot. Quand le grelot ne sonne plus, le chien est à l’arrêt.
Les chiens d’arrêt se divisent en trois catégories principales :
Les Setters qui ont un poil ondulé et soyeux, et sont proches parents des Epagneuls. Ils comptent dans leurs rangs l’Irish Setter, au beau pelage acajou ; le GordonSetter, l’English Setter ou Laveraque (d’Edward Lavrack qui en fixa le type) et qui ressemble comme un frère à l’Epagneul breton, le meilleur des chiens d’arrêt français ; Les Pointers qui en dépit de leur robe et de leurs allures différentes, sont également de souche ibérique. Le principal représentant de ce dernier groupe, et le plus ancien, est le Braque de Burgos. De lui., découlent tous les autres : le Braque français, le Braque du Bourbonnais, le Braque Dupuy (croisement avec des Lévriers, obtenu par les frères Orner et Narcisse Ditpuy), le Braque de Saint Germain, le Braque de Weimar ou Weimanana dont l’étrange couleur gris pâle l’a fait surnommer le « chien fantôme », enfin le Pointer anglais (croisé de Foxhound, ce qui lui a donné de la rapidité) est peut être le type de Pointer le plus accompli ; Le Griffon d’arrêt à poil dur, dit Korthals, était en voie d’extinction quand le grand éleveur Korthals s’intéressa à lui. Par sélection, il en fit la variété qui porte aujourd’hui son nom.
Assez grand (de cinquante à soixante centimètres), gris bleu mêlé de brun, ou brun, ou blanc sale mêlé de brun, il a un poil dur et rêche. Moustachu, solide, c’est un rude chien convenant à toutes chasses en plaine et en marais