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 Dessinateur animalier

Le dessinateur animalier est il en voie de disparition ? Tel qu’on le concevait dans les années 30, à l’époque du « bronze de cheminée », sans aucun doute. Pourtant, il semble qu’un jeune dessinateur doué et intelligent puisse se faire aujourd’hui une place au soleil. Les débouchés dans ce domaine sont très limités, c’est certain. Mais entre le dessinateur scientifique spécialisé’ et le graphiste polyvalent dans l’édition enfantine, il y a toute une gamme de possibilités entrouverte aux meilleurs : les guides de naturalistes, les encyclopédies, les ouvrages de luxe illustrés de planches dessinées et même l’édition de livres pour la jeunesse.

« On note actuellement, nous a dit un directeur littéraire, une nette évolution du goût des enfants vers le documentaire, provoquée par les émissions de télévision sur les animaux. » Donc, les enfants ne se contentent plus de dessins de (bébêtes ) approximatifs. Ils veulent du vrai. Reste, pour l’illustrateur animalier, à joindre la précision scientifique à la qualité artistique. Comme les Japonais, passés maîtres dans cet art.

Par certains aspects, le travail du dessinateur animalier d’aujourd’hui s’apparente à celui du chasseur photographe. Le Suisse Robert Hainard, par exemple d’ailleurs naturaliste avant d’être dessinateur , pratique exactement les mêmes techniques d’approche ou d’affût camouflé. Il faut une vocation particulière, profonde, pour s’imposer cette longue patience dans le milieu naturel des animaux sauvages. Pour le dessinateur animalier, il reste toutefois indispensable de multiplier les croquis « d’après nature » et d’avoir une parfaite connaissance de l’habitat de ses modèles. « Je ne conçois pas, dit Robert Dallet, qu’on puisse dessiner un animal sauvage sans savoir où il vit. Car l’animal a un rapport très étroit avec son milieu, sa morphologie est adaptée à son habitat. Par exemple, on trouve en Afrique des antilopes de forêt et en Amérique du Sud des rongeurs de forêt qui ont à peu près la même silhouette, parce qu’ils ont eu les mêmes problèmes d’adaptation. »

Robert Dallet dessine depuis trente ans. Ses premières bandes dessinées datent de l’occupation française en Allemagne, dans le journal des soldats, en 1945. Les animaux, c’est venu tout de suite après, pour illustrer des contes enfantins « Chaque fois qu’un cirque passait, je restais huit jours dans la ménagerie. » C’était en Normandie. Il y a accumulé une énorme collection de croquis au crayon de félins de cirque panthères, tigres, lions et jaguars. Puis il s’est installé à Paris, où il a découvert le zoo de Vincennes et les antilopes : « J’ai eu le coup de foudre pour un guib d’eau et j’ai eu envie de connaître toutes les autres. » Ce fut le point de départ d’une très sérieuse recherche sur les antilopes. Et d’une carrière de dessinateur animalier.

Depuis, il procède toujours de la même façon ; il multiplie les croquis de l’animal dans les parcs zoologiques, et il reconstitue son milieu par la bibliographie : « Je ne sais plus où mettre mes livres ! » Ce qui représente un important travail d’observation d’abord, de documentation ensuite. Parallèlement à des études dans tous les zoos d’Europe occidentale, il fait de la chasse photographique et des recherches sur le terrain. C’est ainsi qu’après les fauves et les antilopes du zoo, il s’est mis à dessiner des oiseaux d’Europe notamment, dans le Midi, un aigle de Bonelli observé au téléobjectif et des reptiles. En augmentant chaque fois sa bibliothèque des ouvrages de base sur ses nouveaux modèles. Les reptiles (lézard vert, lézard ocellé, couleuvre de Montpellier) peuvent aussi s’élever en terrarium, ce qui permet de les observer de plus près. Là s’arrête la spécialisation de Robert Dallet : « Je trouve que les mammifères, les oiseaux d’Europe et les reptiles, c’est déjà énorme ! »

C’est énorme en effet si l’on veut les connaître à fond : « J’ai beaucoup travaillé l’anatomie, fait beaucoup d’études d’écorchés, sur des lapins surtout. » Car ce qui l’intéresse, c’est le jeu des muscles, l’animal en mouvement. C’est d’ailleurs une façon d’éviter l’académisme, car le dessinateur animalier, obligé à la précision, ne peut pas subir les courants artistiques. Trouver un style personnel en demeurant figuratif, c’est bien là le plus difficile.

D’autres spécialistes du dessin d’animaux ont les mêmes méthodes de travail. Comme Paul Barruel, minutieux, merveilleux aquarelliste des oiseaux qu’il observe en ornithologiste, ou Pierre Dandelot, qui n’ignore plus rien des grands mammifères d’Afrique. L’un et l’autre, en plus de leurs croquis multiples d’attitudes et de silhouettes sur le vif, utilisent les animaux « mis en peaux » du Muséum d’histoire naturelle, dont ils ont le titre d’attaché. Et de nombreux documents photographiques pour arriver à reconstituer un animal jamais vu, avec le plus de précision possible. Ce qui représente des heures et des jours d’esquisses, de réflexion, de vérifications.

Tous les dessinateurs n’ont pas les mêmes scrupules et tous les éditeurs non plus, l’un étant la conséquence de l’autre, il faut bien le dire : « Pour les enfants, beaucoup d’éditeurs ne sont pas difficiles ; la vérité scientifique ne les intéresse pas du tout ! » « Les éditeurs acceptent trop souvent de la copie intégrale de photos pour l’illustration de leurs livres, au lieu de la confier à de véritables dessinateurs animaliers. « J’aimerais faire un album de croquis, mais on me demande en général des dessins plus élaborés, impersonnels, pour garder le style d’une série », etc. Pour les jeunes qui veulent sérieusement s’engager dans cette voie, ce n’est pas encourageant : « Il devient de plus en plus difficile de devenir un véritable animalier, dit Xavier François, compte tenu du travail proposé et du temps dont on dispose pour le faire. »

Xavier François, 23 ans, travaille depuis deux ans. Il a une formation de graphiste et le dessin pour enfants l’a toujours attiré. Mais c’est par hasard qu’il a eu sa première commande d’un animal : une fourmi pour une pochette de disques. Depuis, il se passionne pour les insectes, et les collectionne pour les dessiner. Il se considère davantage comme un illustrateur que comme un animalier. Il s’efforce toutefois d’étudier ses sujets, d’après nature, d’après documents photographiques et d’après les planches du Muséum : « Ça prend du temps d’aller au Muséum consulter les planches. » Certes, on se donne moins de mal en copiant des photos, que certains éditeurs français fournissent d’ailleurs pour aller plus vite. Mais ce n’est pas le bon moyen pour devenir un dessinateur animalier estimé.

Les éditeurs tiennent ils à avoir et à encourager de vrais animaliers ? Aux éditions Nathan, spécialisées dans la nature et les animaux, on pense que le véritable dessinateur animalier est rarissime. On en compte cinq ou six en France « Beaucoup de jeunes dessinent pour se faire plaisir, sans avoir le souci d’être compris du public et des enfants », dit M. Barthélemy, directeur littéraire. Au département Hachette jeunesse, on ne semble pas avoir déniché encore le jeune illustrateur idéal : « Il est très difficile de joindre l’intérêt documentaire au style de dessin qui plaît aux enfants », dit Gérard Fine !, responsable de la recherche graphique.

Le problème est donc de savoir ce qu’on veut. En attendant, les illustrateurs non spécialisés continuent, c’est normal, d’être plus nombreux que les authentiques animaliers. Chaque grande maison d’édition de livres illustrés possède d’ailleurs son service artistique, où travaillent une dizaine de graphistes polyvalents, qui peuvent faire à la fois de la mise en page, des dessins, des planches pour les couvertures d’albums ou les boîtes de jeux, etc. Ceux là sont salariés. Ils existent également, quoique en très petit nombre, dans certaines revues périodiques pour les enfants. On compte dans la presse française environ cent cinquante dessinateurs titulaires de la carte professionnelle des journalistes. Mais ce sont dans les 9/10 des cas des humoristes, des dessinateurs d’actualité et de bandes dessinées, attachés aux quotidiens et aux grands hebdomadaires, ou pigistes.

Le dessinateur animalier l’illustrateur de livres en général est indépendant, avec tous les soucis que cela implique. Il faut cotiser soi même à la Sécurité sociale, car les éditeurs règlent en honoraires, et dessiner énormément pour gagner sa vie : « On ne peut pas passer plus de deux jours sur une planche », dit Xavier François. Il en fait deux par mois pour une revue enfantine. Chaque planche est payée le même prix, quel que soient le travail fourni et le nombre d’animaux (de 300 à 600F par mois selon les revues). On prend souvent pour base le barème de la photo en couleur, ce qui est un non sens .

Le débouché numéro I reste évidemment l’album pour les enfants, quoique les éditeurs français fassent actuellement beaucoup de co éditions avec l’Étranger. Mais les illustrateurs français peuvent également prendre contact avec les correspondants des éditeurs européens. Depuis vingt cinq ans, Robert Dallet a illustré au moins quatre vingts albums, dont une encyclopédie en cinq volumes sur la faune du monde. C’est un éditeur suédois qui lui a donné sa chance en 1950, en lui commandant quatre ouvrages à la fois. Il était payé au forfait. Aujourd’hui, la plupart des éditeurs français établissent un contrat d’auteur : l’illustrateur reçoit un pourcentage de 2 ou 3 % environ sur le prix de vente du livre.

Comme pour le photographe spécialisé, il n’y a pas trente six façons de se faire connaître lorsqu’on n’est pas introduit : il faut se présenter avec un dossier sous le bras. « Ça devient dur de se débrouiller soi même. La question est rituelle Avez vous déjà fait de l’édition ? » dit un jeune . Ii ne faut pas se décourager et, avant d’avoir des « oeuvres complètes » à montrer, présenter un éventail de projets . Les techniques diffèrent selon le style de l’ouvrage crayon de couleur, gouache, encre de Chine. Et il vaut mieux avoir une formation de graphiste, pour prévoir le résultat à l’impression. En effet, les couleurs se modifient souvent à la photogravure.

Savoir dessiner d’après nature, connaître les techniques de l’imprimerie, être un naturaliste passionné, s’appuyer sur des documents et des ouvrages sérieux, trouver le style personnel qui allie la précision documentaire à la valeur artistique : on le voit, être un excellent dessinateur animalier n’est pas simple. Mais rien n’est simple aujourd’hui et tout s’obtient à l’arraché : « Je ne conçois pas de changer de métier, dit Robert Dallet. Il n’y a pas une heure de ma vie qui ne soit consacrée aux animaux. »

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