« Entre aimer les bêtes et passer sa vie à les nettoyer, les nourrir, les soigner, il y a un monde... », dit Mme Duglet Charry, vice présidente de la S.p.a. de Toulouse. Peu de jeunes, en effet, nous l’avons vu, acceptent d’être garçon de chenil 1 « Vivre avec les animaux » des sociétés protectrices de toute sorte, n’est donc pas forcément un métier. Mais, dans la plupart des cas, un acte de solidarité, un service rendu aux associations qui dépendent essentiellement des cotisations, des dons, et des subventions de quelques municipalités françaises.
Rares sont celles qui possèdent un vétérinaire attaché à l’établissement. C’est fonction de l’importance du refuge. A Toulouse, la vice présidente elle même, assistée d’une personne de bonne volonté, doit se charger des soins, sous contrôle d’un vétérinaire de la ville. Le refuge n’a que deux garçons appointés. A Lyon, deuxième S.p.a. de France pour l’importance des hébergements, c’est un vétérinaire bénévole qui vient deux fois par semaine. Il est assisté par les trois garçons de chenil appelés là bas « animaliers » payés à l’heure. Eux mêmes secondés chaque samedi par une escouade de jeunes, membres de la section « jeunesse », qui compte trois mille cinq cents inscrits. Le personnel salarié ne comprend, en tout, que douze personnes six au siège et six au refuge. La direction est assumée bénévolement par la présidente, Mmc Hasson, et son conseil d’administration.
Paris, en revanche, où transitent chaque année quelque vingt cinq mille chiens et chats, possède son vétérinaire appointé et deux infirmières.
« Mais Paris est privilégié », dit la province. La S.p.a. de Paris reçoit une subvention du Conseil municipal et les dons y sont plus nombreux qu’ailleurs (de l’ordre d’un million de francs par an). Ce qui lui permet d’avoir une soixantaine de personnes salariées, partagées de manière à peu près égale entre son siège du 17e arrondissement et le refuge de Gennevilliers. La direction est bénévole. Elle comprend notamment une présidente, Mme Thome Patenôtre, député maire de Rambouillet, quatre vice présidents, un directeur et une secrétaire générale, et vingt quatre administrateurs.
Outre le responsable du refuge, un attaché de presse, le vétérinaire, les infirmières, une douzaine de garçons de chenil, la S.p.a. emploie à plein temps des chauffeurs pour le transport des chiens et des chats, des secrétaires et des employées de bureau. Ces dernières sont recrutées en règle générale par petites annonces et ne choisissent pas toujours la S.p.a. par amour des bêtes. Elles y entrent plutôt par hasard. Pour à peu près 1 500 F par mois, elles ont un travail administratif, qui n’exclut pas le contact avec les animaux, même au siège de la société, où l’on dépose souvent des « perdus » ou des « abandonnés ». Ils transitent quelques heures en laissant des traces odorantes : « Ce n’est pas très agréable de travailler dans cette atmosphère », disent les deux secrétaires de l’accueil. Pourtant elles se résignent. Et elles ont adopté une chatte tigrée (une chatte martyre, victime d’un maître sadique, amenée dans un triste état) qu’elles ont soignée, nourrie sauvée et qui ne les quitte plus.
Pour faire adopter ses pensionnaires, la S.p.a. de Paris a une exposition permanente à la Samaritaine, tenue par des employées à mi temps qui acceptent un salaire très modeste. D’autres sociétés de protection animale tiennent plus ou moins régulièrement dans les grands magasins en particulier à Noël des stands d’exposition avec des animaux venus du refuge de Gennevilliers.
Car toutes les « S.p.a. » n’ont pas,, de refuge et toutes ne dérivent pas de celle de Paris, fondée en 1845 par le général de Grammont et qui’ compte aujourd’hui quarante mille sociétaires. Elle a une trentaine de filiales régionales actives. Mais outre celles ci il existe en France plus d’une centaine d’autres sociétés indépendantes : S.p.a. dont celles de Lyon, Marseille et Toulouse ’ D.p.a. (Défense et protection des animaux), C.n.p.a. (Conseil national de la protection animale), Amis des bêtes, Ligue protectrice des animaux, etc. Ainsi que des filiales d’associations internationales, comme la Chaîne bleue mondiale, dont le siège est à Bruxelles. Pour aider toutes ces sociétés, on peut y adhérer, et offrir ses services. Les plus importantes notamment à Paris et à Lyon ont une section « jeunesse », qui organise des réunions régulières (visites au refuge, cours de secourisme, sorties en forêt) et édite aussi une revue périodique.
Le rôle des sociétés protectrices ne se borne pas à recueillir chiens et chats abandonnés et à leur retrouver un maître le cas échéant. Elles doivent veiller à faire appliquer les lois de protection animale en vigueur, voire à faire évoluer la législation. Elles mènent des campagnes d’information du public pour limiter les souffrances comme l’OEuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir ou la Ligue contre la vivisection, par exemple. Elles alertent l’opinion pour prêcher la limitation des naissances chez les chats et les chiens et freiner les abandons. Mais il semble dans ce domaine qu’il y ait beaucoup à faire pour éviter l’égoïsme, le laisser aller, ou tout simplement l’inconscience.
Pourtant, comme la protection de la nature, la protection animale s’organise au niveau international : il existe à Zurich une Fédération mondiale qui regroupe quelque trois cents associations. C’est la Grande Bretagne, en Europe, qui détient le record du nombre des « S.p.a. » affiliées, avec trente et un membres ordinaires ou associés de la Fédération. La France en a dix huit, dont la S.p.a de Paris.
Bref, à part des remplacements de chauffeur au moment des vacances, la S.p.a offre des débouchés limités à qui s’intéresse aux animaux malheureux. Mais elle mobilise constamment toutes les bonnes volontés...