L’aliment naturel du nouveau né est le lait maternel la période d’allaitement constitue une transition entre la sécurité de la vie intra utérine et les aléas de la survie dans le milieu extérieur. Selon la formule du Professeur Ferney, " le cordon lacté » se substitue au cordon ombilical jusqu’au sevrage.
Pour diverses raisons, il peut être nécessaire de substituer, soit en totalité, soit partiellement, un allaitement artificiel à l’allaitement maternel maladie ou mort de la mère peu après la mise bas, ou pour toutes autres raisons rendant la production lactée maternelle insuffisante à la survie de la portée. Insistons à cette occasion sur le fait que la limitation artificielle du nombre des chiots, par un choix délibéré du propriétaire, est une mauvaise solution, sauf en cas de malformation évidente d’un ou de plusieurs sujets. A ce choix arbitraire, il convient de préférer la sélection naturelle qui s’opère d’elle même, avec bien souvent la connivence de la mère qui rejette d’elle même les sujets les plus faibles au profit de la survie des chiots les plus vigoureux. Mais pour des raisons diverses de sélection, de goût personnel, d’affectivité esthétique, il peut paraître nécessaire d’assurer la survie d’un ou plusieurs sujets présentant des caractéristiques recherchées en supplémentant l’allaitement que lui propose la nourrice.
L’allaitement artificiel doit répondre à 3 notions fondamentales qui conditionnent sa réussite :
L’idéal serait bien sûr d’utiliser les services d’une nourrice de la même espèce, elle même se trouvant à peu près au même stade de sa lactation. La composition du lait varie considérablement dans les premières 48 heures de la sécrétion.
Le colostrum, première sécrétion de la glande mammaire contient des anticorps d’origine maternelle, protégeant le nouveau né contre diverses affections néo natales et particulièrement contre les maladies à l’encontre desquelles la mère a été vaccinée. Mais ces anticorps ne franchissent la barrière intestinale du nouveau né que pendant les toutes premières heures de la vie du chiot, et c’est pourquoi il est de la première importance que tous les chiots d’une portée aient bénéficié de ce premier allaitement dès leur naissance.
Le froid est l’ennemi mortel du nouveau né : La régulation thermique ne s’instaure qu’au bout de 8 à 10 jours chez le chiot qui naît poïkilotherme, c’est à dire à température dépendante de celle du milieu extérieur. En cas d’allaitement artificiel, il convient donc de remplacer la chaleur maternelle par une source calorifique maintenant le chiot dans une atmosphère à 32° dans les premiers jours, cette température pouvant avoisiner 250 vers la 4 semaine.
L’état hygrométrique de l’air devra se situer entre 55 et 65 % d’humidité. Les sources de chaleur sèche (type infrarouge) ne devront donc pas être placées trop près des chiots, leur rayonnement pouvant d’ailleurs avoir une influence néfaste sur les organes visuels.
En effet, si les paupières ne sont pas ouvertes à la naissance, elles sont dejà transparentes et dès le 10e 12e jour, l’oeil du chiot est réceptif à la lumière dont l’existence continue empêche le cycle nycthéméral de s’instaurer ; il convient dès lors de choisir des lampes à rayonnement obscur, d’un prix de revient plus élevé, mais ne présentant pas ces inconvénients.
Il reste, cependant, le problème du dessèchement exagéré : la solution idéale, dejà commercialisée dans les pays anglo saxons, consiste en des corbeilles à résistance incorporée produisant une chaleur par contact. Plusieurs auteurs préconisent de placer les chiots dans des enceintes séparées, ce qui empêche les chiots de se gêner mutuellement et permet de mieux surveiller les défécations individuelles ( Les selles normales du nouveau né sont grumeleuses, présentant des concrétions jaune clair en grain de mil, signe d’une bonne digestion).
Par contre l’isolement des jeunes les uns par rapport aux autres ne doit pas persister trop longtemps afin de ne pas nuire aux rapports normaux de socialisation entre chiots, puis, vers la 5e 6e semaine, il est de la plus haute importance que se réalise la socialisation interspécifique chiot -humain.
Notons à ce sujet que les chiots élevés au biberon présentent souvent, durant toute leur vie, une affectivité exacerbée visà vis de la nourrice humaine ou de ses semblables ( homme ou femme selon le cas ) pouvant aboutir à des troubles caractériels, et même aboutissant à des manifestations physiologiques d’hypermaternisation : lactation nerveuse, gestation imaginaire, etc...
Certaines races enfin perdent partiellement leurs caractères psychologiques raciaux si l’allaitement est effectué par une autre chienne nourrice d’une race différente ou par un humain c’est le cas général des lévriers qui perdent leur caractère " lévrier " lors d’élevage artificiel hors de la présence de la vraie mère.
Il convient enfin de compléter les conditions naturelles de la vie post foetale en opérant pendant les tétées, ou juste après celles ci, les attouchements nécessaires des zones ano urinaires afin de déclencher, ainsi que le fait la mère avec sa langue, les réflexes de miction et de défécation.
Tous les ustensiles servant à l’élevage artificiel devront bien entendu être dans un parfait état de propreté r tétine, biberon, casseroles devront être stérilisés à l’eau bouillante.
L’approvisionnement en tétines pose souvent un problème du fait de la carence dans laquelle subsiste notre « industrie" canine. Ce sont les tétines pour lapin, puis pour agneaux et chevreaux dans un stade ultérieur qui semblent convenir le mieux. Il existe des " batteries " de tétines pour élevage artificiel de lapereaux, constituées d’une rangée de tétines en rapport avec une réserve de liquide nutritif que je n’ai pas encore eu l’occasion d’expérimenter.
En règle générale, le nouveau né boit et dort. Ce n’est que vers la 2e 3e semaine que le chiot commence à explorer l’espace environnant. Il a alors besoin de plus de place. Au fur et à mesure que le chiot grandit, les périodes actives entre les repas et le sommeil deviennent de plus en plus importantes. A l’âge de 3 semaines, les chiots sont capables de faire leur besoin sans la stimulation de la mère ou d’un moyen de remplacement ; ils commencent alors à s’éloigner de leur abri pour faire leurs besoins, mais ne les font à un endroit précis qu’à l’âge de 7 à 8 semaines, lorsqu’ils sont complètement sevrés. Aucun système à ma connaissance n’a encore été mis au point pour attirer les chiots à cet effet vers un endroit précis, lequel est choisi par le chiot lui-même...
La conception d’un " attractif " chimique à action sur l’odorat serait d’une aide précieuse pour tout éleveur ou possesseur d’un chenil, qu’il s’agisse de nouveau nés ou d’adultes ! Le chat dans ce domaine présente un réflexe inné dont l’étude physiologique serait d’un grand secours pour son adaptation à la race canine.
Les chiots ont tendance à se nourrir peu à la fois et souvent. C’est le rythme des repas qui constitue pendant les premiers jours la suggestion la plus importante de l’allaitement artificiel.
Absorbant en un repas 10 à 20 ml maximum de lait Mapletoft et Shutle 1974 , il est probable qu’ils absorbent une quantité beaucoup moins importante de lait lors de chaque tétée lorsqu’ils sont à la mamelle.
Six distributions par jour sont nécessaires jusqu’à 3 semaines, mais cela n’est qu’une indication qu’il est bien difficile de respecter intégralement. D’ailleurs il est souhaitable, en cas d’allaitement artificiel, de procéder à un sevrage aussi précoce que possible. Dès l’âge de 2 à 3 semaines, le lait de remplacement peut être présenté aux chiots dans un récipient en forme de coupelle. Dès qu’ils ont l’âge de 3 semaines, il est possible d’adjoindre à ce lait des aliments carnés finement pulvérisés qui accélèrent le sevrage.
Le fait de remplacement doit être distribué à une température de 30 à 35°. Bien que partant du principe qu’en cas d’allaitement artificiel, le chiot se rationne de lui même et qu’il convient de lui donner les biberons à satiété, résumons les rythmes et les quantités dans un tableau qui ne peut avoir qu’un aspect indicatif étant donné les variations importantes d’une race à une autre
Et dans tout cela me direz vous, vous n’avez pas encore parlé du lait de remplacement. Ce n’est pas une omission volontaire, mais j’ai tenu à insister d’abord sur les conditions matérielles de l’allaitement. En effet, le problème du lait de remplacement est à l’heure actuelle facilement résolu par l’industrie pharmaceutique. Il existe un grand nombre de laits maternisés que l’on trouve en pharmacie ou chez les vétérinaires, et dont les compositions, à peu près identiques, conviennent bien.
Cette solution suiprime la " cuisine " traditionnelle à base de lait de vache qui est de tous les laits celui dont la composition s’éloigne le plus de celle du lait de chienne et nécessite de ce fait les adjonctions les plus importantes. Voici à titre indicatif la composition comparée des laits de chienne et de vache.
Il reste à conclure que l’allaitement artificiel aura plus de chance d’être couronné de succès s’il est précédé de quelques jours d’allaitement naturel procurant au chiot les anticorps contenus dans le colostrum. Mais les quelques principes énoncés ci dessus permettent de réduire les risques : "Pour commander à la nature, il faut d’abord obéir à ses lois".