Les Terriers sont Anglais jusqu’au bout des griffes. Les Romains les ont décrits pour les avoir vus en Grande Bretagne où les peuplades indigènes les utilisaient pour la chasse, et les appelèrent « Agasse ». Mais, à peu près ignorés des zoologues continentaux, inconnus de Linné et de Buffon, ils ne traversèrent la Manche qu’en 1820, et ce n’est qu’en 1876 que le premier Terrier Club, fondé en Angleterre, entreprit de classer les variétés et d’accueillir les produits de nouveaux croisements, dont certains sont très récents.
On peut répartir les terriers en trois catégories : Poil ras, Bull terrier, Fox terrier, Black and Tan ; Poil dur Airedale, Welsh, Lakeland, Irish, Bedlington, Scottish, Sealyham, Cairn, Skye, Wire hair, Dandy Dinmont, West higland, Border, Aberdeen ; Poil mou Kerry blue, Soft wheaten. Enfin les Toy terriers, chiens miniatures, qui sont une réduction du Black and Tan. Cette classification peut prêter à confusion, car là où, par exemple, le Terrier gallois (Welsh) et le Kerry Blue s’inscrivent selon le terme technique « dans un carré (étant aussi longs que hauts), le Skye, le Scottish et. beaucoup d’autres, ont les jambes courtes des bassets. De même le Bull terrier à poil ras ou bringé, avec son museau pointu, ses yeux de Chinois et ses oreilles dressées, robuste animal dont on se servait comme du Bulldog pour combattre en champ clos le taureau ou l’ours, a peu de points communs avec le Cairn, au poil hérissé, à la figure velue, dont les petites dimensions lui permettent de poursuivre les loutres dans leurs tanières. Tous les Terriers sont en effet destinés à chasser sous terre, et même à creuser de leurs pattes pour rejoindre leur proie. Ils attaquent dans leurs repaires les loutres, le blaireau, le putois et surtout débusquent les renards que les Hounds ensuite prennent en chasse.
Les Airedales, qui atteignent soixante centimètres, sont malgré leur mordant un peu grands pour cet usage, un peu grands aussi pour être transportés par les cavaliers. D’autre part, ils peuvent à la rigueur suivre la meute, ce dont seraient incapables les variétés plus petites ou bassettes.
Les Terriers sont tous d’excellents ratiers. Ils adorent poursuivre les chats, les lapins ou une balle qu’on leur lance ; joueurs, mais pas toujours commodes, généralement batailleurs, parfois trop nerveux, leurs qualités les font apprécier de tous les amateurs de chiens. Il en est peu, en effet, qui ne connaissent au moins de nom tous ceux que j’ai cités. Aussi, j’hésite dans le choix de ceux qu’il conviendrait de décrire plus particulièrement.
A tout seigneur, tout honneur. D’abord le Fox terrier parce que, disent les Anglais, c’est le premier gentleman parmi les nombreuses espèces existantes.
Il était, en 1810, trois chiens : Old Jack, Old Trop et Tartar. Old Jack ressemblait au Fox d’avant 1914, Old Trop était fils d’un Black and Tan. Tartar tenait du Bull terrier. C’est de ces trois ancêtres que descendent les Fox terriers, tant les Smooth haired (poils lisses) que les Wire haired (poils durs).
Cependant ils ont évolué différemment. Si les deux variétés ont la même taille, la même ossature, les mêmes aplombs, le même coloris tricolore : noir, feu et blanc avec prédominance de blanc, c’est le Fox à poil lisse qui semble le mieux se rapporter à l’ancien type.
Le Wire haired, à cause de sa barbe, paraît avoir un museau carré je dirai même « trapézoYdal. Son paturon court, perpendiculaire au sol, lui donne une démarche dont la raideur n’est pas sans distinction. L’abondance de son poil « fil de fer », rêche comme des fibres de noix de coco, permet un toilettage dont l’objet est de faire ressortir sa beauté un peu artificielle.
En revanche, la robe du Smooth haired ne demande aucun soin spécial. Son allure est moins guindée ; il est d’aspect plus naturel mais peut être plus quelconque. Aux uns comme aux autres, il est d’usage d’amputer aux deux tiers la queue qui doit être plantée haut et portée « gaiement ».
Je parlerai encore des Lakeland parce que j’en ai eu et que j’ai pu les apprécier. Ils ont tout au plus trente centimètres de haut et sont généralement noir et feu. Leurs jambes, relativement longues, permettent de les inscrire « dans un carré ».
Ils n’ont été reconnus par le Kennel Club qu’en 1928, mais depuis un temps immémorial ils furent les auxiliaires du chasseur de renards non de l’élégant cavalier, mais du chasseur à pied acharné à détruire, dans les régions sauvages du pays de Galles, le renard considéré là, non comme un gibier de choix, mais comme le redoutable pillard des basses cours et des bergeries. Le mordant du Lakeland est tel qu’ayant une fois saisi son ennemi à la gorge, rien ne lui fait lâcher prise. Il circule avec aisance dans les rochers, bondissant de l’un à l’autre, jamais fatigué, toujours ardent.
Contrairement à ce que disent les livres, j’ai la conviction que les Lakeland, ou leurs ancêtres, étaient habitués à suivre les cavaliers et à être transportés par eux, car il me suffisait de plier le bras pour les voir s’efforcer de sauter dans le pli de mon coude en se penchant de sa selle un homme à cheval aurait facilement ramassé le petit Terrier et l’aurait transporté sur le pommeau de sa selle.
Ce sont les plus gais des chiens, toujours alertes, toujours au galop, toujours affairés, mais leur présence est à déconseiller dans un jardin où ils s’emploient à déterrer tout ce qu’on y plante. Je l’appris à mes dépens.
L’autre Terrier qui fut l’ami de ma demeure était un Sealyham. Cette race fut fabriquée « sur mesure » par le capitaine John Edwards qui la fit inscrire au Kennel Club en 1910. Pour chasser la loutre, le blaireau, le putois plus redoutable encore, il voulait un chien robuste et mordant aussi vigoureux que l’Airedale mais assez court de pattes pour pénétrer dans les terriers. Bien qu’il n’ait pas révélé son secret, il semble que l’ardent Dandy Dinmont et le tenace Bull terrier à la puissante mâchoire, soient parmi les ancêtres du Sealyham.
Or, ce chien, créé pour la vigueur et le courage, est devenu, sans rien perdre de ces qualités premières, le plus aimable des compagnons.
Mme Winnie - Barber, dans The Book of the Dog, vante son « sens de l’humour » et sa générosité. « Ils ont un délicieux sourire, dit elle, et ils aiment à faire rire, s’amusant de la plaisanterie autant que vous. Leurs aboiements sonores inquiètent l’intrus qui ne doute pas d’avoir affaire à un gros chien. Ils adorent les jouets, et il faut leur en donner : balle ou os de caoutchouc. L’un d’eux, que j’avais vendu en Amérique, avait une petite boîte pour y placer les siens, et, chaque fois que passait le veilleur de nuit, il se précipitait pour en choisir un et le lui offrir. Ils savent tant de mots que même si vous épelez :
« Je serai toujours reconnaissante à feu le capitaine Edwards d’avoir créé cette race à laquelle je dois tant de plaisir et de bonheur. » Qu’ajouter à cet éloge ?