Temple français de la botanique et de la zoologie, le Muséum d’histoire naturelle, sous la tutelle du secrétariat d’Etat aux Universités, abrite la deuxième collection d’animaux d’Europe et la troisième du monde. Entre autres, vingt mille mammifères et cent cinquante mille oiseaux taxidermisés. Des trésors scientifiques, interdits au public depuis dix ans . Car hélas ce temple, créé en 1793, est fort pauvre et tombe en ruine : les crédits d’équipement qu’il reçoit sont parcimonieux. Et par voie de conséquence, ses locaux et son personnel très insuffisants. Car le Muséum est également un établissement de recherches et d’enseignement supérieur. Il ne délivre pas de diplômes, mais accueille étudiants et chercheurs dans ses vingt cinq laboratoires de Paris et de la région parisienne. Il possède également des laboratoires en province pour les études sur le terrain.
Il est possible, du moins théoriquement, d’entrer au Muséum sans diplôme : ses statuts n’en exigent aucun. Il suffit qu’un directeur de laboratoire remarque les aptitudes d’un jeune, pour le faire entrer en le proposant à 1’ Assemblée des professeurs, qui généralement entérine son choix. En règle générale, le recrutement est arbitraire et ne se fait que par relations « on n’a aucune chance si on ne connaît personne ».
Pour s’introduire sans diplôme (mais il y a déjà pléthore d’étudiants diplômés) il faut tout de même faire des études de zoologie. L’étudiant non diplômé peut ensuite s’il a de la chance être engagé comme technicien à temps plein. Il étudiera le soir et pendant ses week ends. En effet, s’il veut devenir un jour maitre assistant, il devra satisfaire aux critères de l’Université : les diplômes du troisième cycle. Indispensables aujourd’hui pour obtenir ce grade qui échappe c’est le seul aux statuts du Muséum 2 Il faut être inscrit, pour pouvoir être promu, sur une liste d’aptitude à l’échelon national.
Hélas, le Muséum n’offre, pour le moment aucun débouché : une trentaine d’assistants figurent actuellement sur cette liste officielle et présentent toutes les conditions requises (diplômes, ancienneté) pour la fonction de maître assistant. Faute de postes budgétaires, leur avancement est toujours bloqué.
Du même coup, le Muséum ne recrute pas d’assistants ; aucun poste n’a été créé à ce niveau depuis 1962. Les étudiants en sont réduits à « monter le siège » auprès des gens en place, en espérant se faire connaître et apprécier pour le cas où un poste serait vacant pour remplacer un chercheur qui prend sa retraite, par exemple (un ou deux par an). Ils font, presque tous, de la recherche pendant des années avant d’être embauchés. Et ne perçoivent que des vacations (600 F par mois au maximum, pour des travaux de technicien).
De toute façon, les postes de techniciens pour lesquels des docteurs d’État se portent candidats sont très insuffisants et presque aussi « gelés » que ceux d’assistants. Les pouvoirs publics ne nomment plus que des contractuels.
Cela dit, les professeurs sont tenus de donner un cours. Les assistants, maîtres assistants et sous directeurs, enseignent plus ou moins dans les facultés de sciences et de médecine, et sont rémunérés pour cela en « heures complémentaires ». Sur le plan de la recherche, le C.n.r.s. apporte une aide matérielle importante à certains laboratoires et à certaines équipes : fourniture de microscopes, d’appareils de radio, etc. Ou création d’équipes ou de laboratoires associés, dans le cadre de contrats pluriannuels d’association. Des aides individuelles peuvent également être accordées quoique plus difficilement en ce moment à des chercheurs isolés. Il faut faire une demande motivée à la Commission scientifique du C.n.r.s. D’après les chercheurs : « D’autres organismes plus riches, tels le C.n.e.x.o., ou directement la D.g.r.s.t. , financent en partie le Muséum par le biais de contrats passés sur des programmes de recherches ; mais c’est insuffisant. »
De leur côté, certains professeurs particulièrement dynamiques, ou bien introduits auprès du Gouvernement, obtiennent des’ « crédits exceptionnels ». Et pour leur laboratoire, évidemment : « La véritable solution consisterait à reconnaître le Muséum dans son ensemble et à réinvestir massivement. »
Un espoir : le Gouvernement semble décidé à soutenir la recherche fondamentale. « Pour le moment, dit le Professeur Jean Dorst, directeur du Laboratoire des mammifères et des oiseaux, aucun chiffre n’a été avancé. Mais les Pouvoirs publics sont conscients en tout cas de la nécessité de rénover le Muséum. C’est affirmatif. » En effet, vingt millions de francs lui ont été officiellement attribués, pour la remise en état de la grande galerie de zoologie (notre photo) qui sera rouverte au public dans quelques années. Sur le plan des postes, on peut aussi espérer que des crédits importants seront débloqués et que le Muséum pourra dans les années qui viennent retrouver un fonctionnement normal au niveau de la recherche. Tout en remplissant correctement, enfin, ses fonctions traditionnelles : l’entretien des collections et l’information du public. Car rien n’existe officiellement. Au Laboratoire de mammalogie, le téléphone n’arrête pas de sonner : « Combien de temps dure la gestation d’un éléphant ? » par exemple. Il faudrait de toute évidence et de toute urgence un centre de documentation et d’accueil.
Autre menace cependant : l’époque est à la décentralisation. Le Muséum ne peut rénover ses bâtiments sans investir au moins autant en province. Il semble actuellement intéresser les Pouvoirs publics avec un projet d’Institut d’écologie dynamique et appliquée à Montpellier, qui nécessitera des crédits importants. Mais qui remplirait « un rôle essentiel en vue de la conservation dynamique de la nature et du maintien d’un équilibre entre les diverses formes d’utilisation des écosystèmes ». En d’autres termes, qui proposerait une politique d’aménagement basée sur une étude approfondie des phénomènes écologiques. Il serait temps la France étant plutôt sous développée dans ce domaine, nous l’avons vu...
Pour ce Centre, enfin, il faudra envisager la création de postes nouveaux à tous les niveaux. Des débouchés peut être pour les futurs chercheurs. En tout cas un projet à suivre très attentivement, s’il se concrétise...