Aux époques les plus reculées de la préhistoire, l’homme a déjà su utiliser le chien en tant que compagnon et surtout comme auxiliaire pour assurer sa propre défense contre les bêtes sauvages et peut être même contre les attaques de ses semblables.
Il semblerait donc qu’avant de devenir le collaborateur quelque peu bucolique du gardien et du conducteur de troupeau, le chien ait d’abord joué le rôle de défenseur.
De nos jours, un grand nombre de races bergères ont effectué partiellement ou totalement une reconversion dans des tâches ou des activités de garde, de défense, voire de police. Pour le Briard, la déviation de son ancienne utilisation au troupeau est plus dirigée vers la garde des maisons ou des propriétés, mais sa beauté morphologique semble également l’entraîner auprès du grand public, à la fois comme chien d’utilité, d’agrément ou de compagnie.
Il est d’ailleurs manifeste qu’il soit, plus que les autres races bergères françaises, touché par ce phénomène puisque l’on compte de plus en plus dans cette race des chiens de taille élevée, aux fourrures somptueuses, très abondantes, aux poils longs et ondulés, de texture parfois soyeuse, plus agréables à l’oeil que le poil sec, rêche au toucher dit "de chèvre », primitivement typique dans cette race bergère, et qui lui était nécessaire pour lutter contre les intempéries lorsqu’elle travaillait au troupeau. Il y a donc sans conteste une évolution chez le Briard vers un type morphologique différent de ce que nous avons connu autrefois, et qui est plus séduisant à l’oeil.
A l’époque contemporaine, en raison de leur intelligence particulière, de leurs qualités, de leur format, de leur puissance, de leur équilibre nerveux, les chiens de berger de grande taille sont très indiqués pour leur utilisation comme chiens de garde, de défense et de police.
Etant utilisés à ces fins par de nombreux amateurs, ils se classent souvent très favorablement dans les concours régionaux et aux championnats nationaux et internationaux.
Sans vouloir entrer dans le détail du dressage ou de l’entraînement des chiens de berger pour la défense ou la police, et même sans désirer pousser le dressage jusqu’au Brevet de Chien de Défense, il nous paraît utile et indispensable lorsqu’on possède un chien de berger de lui inculquer quelques notions pour en faire un sujet soumis aux ordres de son maître. Pour un possesseur de chien de berger, l’idéal est d’avoir un sujet à la fois équilibré, calme, obéissant, actif et attentif au monde qui l’entoure.
En tant qu’auxiliaire de l’homme, il doit être en parfait accord avec son maître pour effectuer sur son ordre et à sa place des besognes que ce dernier ne peut remplir par son incapacité physique, comme par exemple celle de se défendre utilement contre l’attaque d’un malfaiteur.
Cette collaboration, donnant toute satisfaction à son maître, ne peut donc s’accomplir que par une certaine éducation (je n’emploie pas à dessein le terme "dressage" qui, à mon esprit, évoque trop des termes synonymes de "mater", "faire plier", ou "dompter".
Il est certain que parmi toutes les races de garde, de défense utilitaire, les chiens de berger et plus particulièrement les chiens de berger français sont naturellement les plus polyvalents en ce qui concerne l’intelligence, la facilité d’adaptation, la compréhension et l’éducation.
Chaque sujet a évidemment ses qualités et ses défauts, son caractère personnel, ses manières d’agir et de se comporter, ses réactions particulières et instinctives.
C’est pour ces raisons que l’éducation d’un chien doit débuter vers le 3eme ou le 4eme mois de sa vie, afin de créer dès que possible l’accoutumance à la dépendance de son maître.
Mais pour que ces conditions soient suivies d’un résultat maximum, il faut que les démarches du maître soient facilement compréhensibles, et aient un caractère attractif et de diversité, et non celui d’une contrainte pénible.
Il y a donc des stades à respecter dans la progression de l’apprentissage, correspondant d’ailleurs aux étapes du développement intellectuel du sujet. Ainsi s’établissent peu à peu entre le maître et le chien des rapports de dominance et de subordination qui sont indispensables pour que les deux forment une association solide, une équipe stable et bien soudée.
Par ailleurs, le contact fréquent, la vie en commun dans l’intimité du foyer familial, les jeux, les promenades, les exercices non fatigants sont de nature bénéfique pour renforcer la cohésion des relations entre maître et chien.
On a remarqué que la privation du contact avec l’homme rendait les chiens plus associables et perturbait sérieusement leur comportement, augmentait leur nervosité, parfois leur inquiétude et créait chez certains des névroses pouvant aller jusqu’à l’hypersensibilité ou l’hyperémotivité.
En conclusion, le chien de berger, dans son utilisation pour la garde ou la défense, doit faire équipe avec son maître, n’être agressif qu’à bon escient, bien équilibré nerveusement, et avoir l’assurance d’être bien à l’aise dans le milieu humain dans lequel il est habitué à vivre, à évoluer et à travailler, avec la motivation de faire plaisir à son maître.
Si l’éducation doit commencer précocement, elle nécessite néanmoins des ménagements, une juste progressivité et beaucoup de psychologie de la part du maître.
Celui ci doit donc savoir alterner et sélectionner avec soin les jeux et les exercices éducatifs de façon à ne pas rebuter ni dégoûter le jeune élève de l’activité qu’on lui propose et qu’on attend de lui.
Beaucoup d’erreurs, d’incompréhensions de certains possesseurs de chiens sont à l’origine de la nervosité, de l’indiscipline, du désintéressement, du mauvais comportement de leur sujet au cours de leurs travaux éducatifs.
Tout chien de race bergère, présentant la conformation physique et les qualités psychiques requises, pourra donc être utilisé pour la défense ; mais ceux qui entreprendront un tel dressage, devront toujours avoir à l’esprit le postulat de Dommanget "Le principe de l’éducation par routinage étant absolument sacré, il ne se passera pas de jours que nous n’exercions notre chien.
Dans cet ouvrage, il ne peut être question de développer dans le détail tout ce qui concerne l’apprentissage, la progressivité, les meilleures méthodes à utiliser. Ceci fait l’objet de nombreux traités spécifiques du dressage, mais avant de débuter le dressage proprement dit, vous pouvez toujours, chez vous, lorsque vous avez quelques loisirs, inculquer à votre chien les prémices du problème. Si vous désirez que votre chien se montre docile, le premier but à atteindre est de contrôler son caractère, et dès le début, lui montrer avec fermeté que vous êtes le chef. Mais soyez un chef ayant une parfaite maîtrise de vous même, ne vous laissez pas gagner par vos impulsions ; si vous perdez votre calme, le chien ne manquera pas d’en tirer profit dès que l’occasion lui en sera donnée. Pour manifester votre autorité, il est nécessaire que vous soyez compétent et sachiez manifester à bon escient votre supériorité en étant exigeant dans tout ce que vous commanderez. Donc, soyez ferme et énergique, mais la fermeté n’exclut pas la douceur, armez vous de patience et soyez persévérant. Utilisez pour le travail un collier solide, métallique, du modèle à coulisse dit "étrangleur", avec une laisse solide, souple et pas trop lourde.
Abstenez vous formellement d’utiliser le collier dit "de force", dont l’usage parfois brutal rebute le chien et ne peut que nuire aux bonnes relations maître chien.
Ils doivent être donnés à voix haute et intelligible, sans crier, toujours de la même manière, l’accent tonique insistant toujours sur la même syllabe : "Debout", temps fort sur BOUT. Le chien étant habitué à porter un collier, il importe en premier lieu de lui inculquer "la marche au pied".
Placez toujours le chien en laisse à votre gauche, à l’arrêt il s’assied en général automatiquement. Maintenez le assis à hauteur de vos genoux, puis en avançant progressivement et en tirant légèrement sur la laisse, vous commanderez "Au pied" en ayant soin, par de courtes saccades sur la laisse, et en répétant : "Au pied", de le maintenir près de vous.
En principe, il ne faut pas marcher trop longtemps, mais entrecouper la marche d’arrêts, pour repartir soit en accélérant, soit en ralentissant l’allure ; à chaque fois que vous vous arrêtez, faites le asseoir à vos côtés. Ne terminez jamais la leçon par un échec, et récompensez votre chien si l’exercice a été bien exécuté.
Cette marche au pied doit, à la longue, être parfaitement comprise et exécutée avant d’aborder un autre exercice qui sera la "suite sans laisse", enseigné de la même façon que la marche au pied.
Le chien tenu en laisse doit être à votre gauche ; prononcez le commandement "Assis" et en même temps, tout en maintenant le train antérieur dans la position normale du chien debout, faites pression sur la région dorsolombaire pour faire fléchir les membres postérieurs ; le commandement "Assis" joint à l’action crée rapidement l’automatisme car c’est une position que le chien adopte naturellement.
Le chien étant dans la position de "Assis", il suffit de le faire basculer en avant en tirant d’une main sur le collier et en soulevant l’arrière main en plaçant la main sous le ventre, tout en prononçant le commandement "Debout".
Le chien étant dans la position "Assis" ou "Couché", il doit conserver cette position même si le maître s’éloigne ; répétez cet exercice en commandant "Pas bouger" jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il doit rester immobile, après quoi vous pourrez vous éloigner de plus en plus loin, et même lorsque vous vous serez éloigné longuement, disparaître de sa vue sans qu’il quitte la position imposée.
Remplacez la laisse par une corde d’une dizaine de mètres, laissez le chien s’éloigner et au moment où il arrive au bout de la corde, commandez lui énergiquement "Au pied" ; s’il n’obéit pas, ramenez le vers vous par des coups brefs et successifs, jusqu’à ce qu’il effectue l’exercice de lui même.
Ces exercices constituent ce que l’on désigne d’ordinaire par "exercices d’assouplissement" mais à partir de ce moment, les personnes intéressées auront tout avantage non seulement à suivre les conseils d’un bon maître de dressage, mais à se mettre en relation avec des personnes fréquentant les terrains de dressage. Des clubs de dressage existent à peu près dans toutes les villes, même de petite importance.
Là, sur le terrain de dressage, en côtoyant des amateurs compétents, vous pourrez obtenir tous les renseignements et toutes les indications pour vous diriger dans la bonne voie. Mais n’oubliez jamais que s’il est nécessaire d’être doux avec son chien, il ne faut jamais craindre d’élever la voix pour se faire obéir lorsque cela est utile. Il ne faut concéder aucune faiblesse, car comme l’écrivait Dommanjet Dresser, c’est façonner des réflexes qui ne peuvent s’acquérir que par l’instruction et la routine.
Tout exercice bien exécuté devra immédiatement être suivi d’une récompense gâterie ou simple caresse mais la faute, même si elle ne mérite pas une réprimande ou un châtiment sévère, ne doit jamais être amnistiée car l’espoir de l’impunité ou du sursis engendre le méfait.
Il ne faut, enfin, pas oublier que l’origine pastorale des chiens de berger a déterminé des souches dans lesquelles les qualités de ces chiens pour la garde et la défense sont certainement trés reconnaissables.
La Société Centrale Canine
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tient à la disposition des amateurs :