Si les traités de dressage concernant les chiens de chasse ou les chiens de défense sont nombreux, il n’existe pas d’ouvrages traitant du dressage du chien de berger au troupeau. Souvent, dans la pratique, chaque berger a sa méthode particulière, ses procédés personnels plus ou moins efficaces. Depuis les écrits de Deaubenton au 18e siècle, reproduits par Gayot en 1867 dans son Histoire naturelle du chien, c’est seulement, épars dans les revues canines ou ovines que l’on peut recueillir quelques conseils formulés par des éleveurs et des utilisateurs et parmi ceux ci nous citerons plus particulièrement ceux qu’a publiés un éleveur, utilisateur et juge de chiens de berger, Robert Montenot.
Il est nécessaire d’abord de donner au chien un nom court, facile à prononcer, et se terminant par une voyelle O ou A de préférence. Chaque commandement d’exercice est toujours précédé du nom du chien. Il est indispensable que chaque commandement soit donné dans les mêmes termes, avec la même intonation, et avec les mêmes gestes.
Pour des raisons phonétiques éprouvées par la pratique, seuls les commandements suivants doivent être utilisés : "Au pied", "Assis", "Couché", "Debout", "En place", "En avant", "Halte", "A droite", "A gauche".
L’apprentissage et l’exécution de tous ces commandements constituent les exercices d’assouplissement et de soumission auxquels le chien doit être initié avant la poursuite de tout autre exercice. Lorsque le chien y est parfaitement rompu, on peut alors lui apprendre la conduite avec laisse, puis sans laisse. Enfin l’entraînement aux sauts et le refus d’appâts seront envisagés. Ces différents exercices peuvent être inculqués très jeunes, dès 6 ou 7 mois, le chien les exécutant à ce moment comme une sorte de distraction. Nous ne nous étendrons pas sur les méthodes pour obtenir de bon résultats, ils sont décrits et commentés dans les nombreux ouvrages de dressage de chiens de défense.
Le chien étant bien assoupli et la soumission absolue à son maître étant obtenue, vers l’âge de 10 à 12 mois, il importe de poursuivre plus avant le dressage.
Le premier objectif à atteindre est d’apprendre au chien à mordre le mouton dans la région supérieure du cou. Deaubenton parlait de faire mordre à l’oreille, et les vieux bergers vous enseignent à faire mordre aux jarrets. De l’avis de nombreux utilisateurs, ces deux méthodes présentent de sérieux inconvénients. A l’oreille, le bouton ou la plaquette matricule peut être arraché ; aux jarrets, il peut en résulter des boiteries importantes et souvent au lieu d’atteindre le jarret, le chien occasionne une blessure au gigot, ce qui déprécie l’animal.
On peut utiliser la méthode simple suivante : une brebis de réforme est maintenue par un aide dans l’angle d’un mur, en lui masquant l’arrière main. Le chien étant muni d’un collier étrangleur (ne pas utiliser le collier à pointes d’usage brutal et barbare), genre collier dit "Torquatus", est maintenu par le dresseur ’à l’aide d’une laisse aussi courte que possible, de manière à pouvoir atténuer rapidement une prise trop vive. Le dresseur l’excite à mordre à l’endroit désigné et l’habitue à cesser dès le commandement de "Halte". Ces séances ne doivent guère durer plus d’une vingtaine de minutes et être répétées chaque jour jusqu’à ce que le chien ait bien compris. Tout exercice bien exécuté ne manquera pas d’être récompensé par une caresse ou une friandise.
Bien en mains, le chien peut maintenant être éduqué directement au troupeau. Il faut faire appel â son esprit d’imitation. Pour cela il faut utiliser le service d’un chien moniteur. Certains, à l’esprit un peu simple, se bornent à attacher le chien élève par une "accouple" fixée au collier du chien moniteur. C’est un procédé qui risque à jamais de décourager le jeune sujet qui, ne comprenant pas ce qu’on attend de lui, se laisse passivement remorquer alors que le moniteur cherchera à se débarrasser de son encombrant voisin en grognant et même en mordant.
Le rôle d’instructeur demande beaucoup de peine, de patience et de persévérance. Le chien tenu en laisse devra être accompagné dans tous les exercices que l’on désire lui faire exécuter. Il faut les répéter en de courtes mais très fréquentes leçons, jusqu’à l’obtention de la parfaite exécution. Les réprimandes, lorsqu’elles seront nécessaires, devront être sévères, mais sans brutalité. Par contre, il ne faudra jamais omettre de récompenser un travail bien exécuté. Un chien intelligent discerne en général très rapidement ce qu’on attend de lui. Lorsque le chien l’aura bien assimilé, on peut, en l’accompagnant au début à mi chemin pour augmenter son discernement et sa perspicacité, commencer à le lâcher en compagnie de son moniteur. Ainsi, plusieurs fois par jour, tant au cours des marches en colonnes serrées sur route, que pendant le pacage où les animaux sont dispersés, le chien fera avec son moniteur des navettes lentes ou rapides de part et d’autre du troupeau. Enfin, dernier stade du dressage : bien habituer le chien à exécuter son travail au geste ou à la voix. Pour les rassemblements de fin de journée, M. Montenot indique la méthode suivante pour ramener la troupe "D’abord par le commandement HO, HO, HO, HO... répété plusieurs fois en faisant balancer alternativement de gauche à droite et de droite à gauche sa coiffure placée à l’extrémité de la houlette, on indiquera le rassemblement. Pour faire rapprocher la troupe, le berger attire d’abord l’attention de son chien par le commandement "X. pas bouger" et la coiffure demeure au bout de la houlette sans remuer. Puis la houlette étant agitée rapidement et alternativement de bas en haut puis de haut en bas, le commandement "X. amène" intervient alors à ce moment là.
Le commandement de "Halte" avec la cessation simultanée des mouvements de la houlette est prononcé lorsque le but est atteint.
Lorsque le chien possède bien la tactique du chien de "rive", on le dresse à faire le rabattage des moutons écartés pour leur faire rejoindre le gros de la troupe.
Notons que le chien ayant en général une ouïe très sensible, puisqu’il perçoit certains ultra sons qui nous sont inaudibles, il n’est pas utile, sauf par vent contraire, d’effectuer les commandements en criant très fortement. Par contre, la vue du chien est plus médiocre. Il faudra donc bien décomposer ses gestes et les effectuer avec toute la lenteur désirable. Il faut utiliser des chiens intelligents, de caractère doux, éliminer les indisciplinés, les hypernerveux, trop ardents, pouvant, par leurs morsures ou blessures, causer des ennuis sérieux, des avortements de brebis pleines et dans l’ensemble des fatigues inutiles à la troupe. Il est indispensable de posséder aussi le nombre de chiens nécessaires et en rapport avec l’importance du troupeau pour pouvoir les relayer dans le travail et assurer les repos obligatoires.
Le dressage du chien pour le troupeau présente donc de nombreuses difficultés. Il exige du dresseur beaucoup de patience, d’habileté et une très bonne connaissance de la psychologie canine. C’est un travail délicat et de longue haleine.
Les bons bergers ils deviennent rares apprécient comme il convient la valeur d’un chien bien dressé, la tranquillité, la quiétude qu’un bon chien leur apporte dans leur travail, aussi ne négligent ils jamais de donner leurs soins les plus attentifs à son dressage et à son éducation. Tout dépend en somme de l’habileté du dresseur