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 Les abeilles produisent la cire

Les abeilles produisent aussi de la cire (20 F le kilo en 1975, prix de détail). Les apiculteurs en donnent une bonne partie aux ciriers qui la gaufrent pour leurs cadres. Le surplus peut servir à faire des encaustiques de qualité, des bougies au moment des fêtes. Ou encore... à protéger des obus de l’humidité. Pendant la guerre du Viêt nam, les U.s.a. en ont acheté des milliers de tonnes dans le monde entier : la cire minérale ne s’avérait pas aussi efficace !

Certains apiculteurs pratiquent la transhumance pour faire de la récolte. Ils chargent leurs ruches sur un camion à la nuit et les déchargent avant l’aube. De jour les abeilles « ne se laisseraient pas faire ». Sur un champ de colza par exemple, elles donnent un miel blanc, à grain fin, utile pour « ensemencer » des miels plus grossiers. Gérard Claerr, lauréat de la Fondation de la vocation en 1974, a mis au point un système de manutention qui permet une transhumance rapide.

Enfin, dans certains vergers, les abeilles favorisent la fécondation des fleurs, et donc le rendement en fruits. Des arboriculteurs louent des ruches (à 50 F pièce) pour quinze jours. La profession juge ce débouché mineur. Il est fatigant. Et trop modestement fémunéré, surtout quand les abeilles vont sur des pommiers où le rendement est généralement faible.

Précisons au passage que de nouvelles « dispositions relatives à l’application des produits antiparasitaires à usage agricole » interdisent l’emploi des insecticides ne portant pas la mention « non dangereux pour les abeilles » 1° sur les arbres fruitiers stade, les larves ont reçu le maximum de gelée royale et en ont consommé un minimum. On peut effectuer ainsi deux autres prélèvements. Après quoi les abeilles ont épuisé les réserves de couvain susceptibles d’être transformées en reines. Mais l’apiculteur place alors dans la ruche toujours orpheline des larves de 12 à 36 h venant d’une autre colonie. Il les greffe dans des cellules artificielles (de cire) sur un lit de gelée royale, en prenant bien soin de ne pas les retourner car elles ne respirent que d’un seul côté.

D’ailleurs, la technique des opérations très délicate d’un bout à l’autre ne peut être exposée ici en quelques lignes. Disons seulement que ces manipulations exaspèrent les abeilles : « Elles voient bien qu’on est des voleurs ! » Et quand l’apiculteur ouvre une ruche pour prendre les cellules « acceptées », il porte la « carcasse », une sorte d’anorak dont le capuchon protège le visage par un fin treillis.

Trois à cinq cellules royales donnent un gramme de gelée, dont le prix est des plus variables selon qu’on s’adresse à un laboratoire ou qu’on la commercialise soi même, au détail, en l’incorporant à son miel (au taux de 1 %). Ce miel devient alors un super aliment pour les sportifs ou les étudiants... En réalité sa valeur ainsi que sa conservation sont toujours controversées. Mais il suffit de trouver des amateurs.

M. Gaillard élève également des essaims et des reines en fonction de la sélection qu’il opère l’hiver à la veillée parmi ses colonies sur notre abeille noire. Les nombreux critères qui entrent en jeu (rendement, douceur, longueur de la langue, etc.) sont sanctionnés par ce qu’on appelle « l’indice cubital » le rapport de grandeur entre deux nervures de l’aile. On prend cent abeilles d’une colonie. On leur arrache une aile, que l’on colle sur une petite plaque de verre. On glisse celle ci dans un appareil de projection pour effectuer les mesures. Impossible de rentrer dans les détails : un brevet professionnel d’éleveur de reines au terme de 520 h de cours va bientôt être créé.

D’une façon plus générale, la F.n.o.s.a.d. , un groupe d’apiculteurs qui « coiffe » tous les autres en matière de sélection et de prophylaxie, prône le retour à Melhflca mellWca, une abeille bien de chez nous qui « connaît sa flore et son climat » dans toutes nos provinces. La meilleure sélection d’après ce groupement porte donc sur nos races locales. Une douzaine de stations parmi les A.s.a.d. 6 se chargent de la fécondation des reines vierges par les mâles ou faux bourdons, issus des colonies sélectionnées en hiver. Cela réussit à 80 % dans la nature.

Inversement, certains apiculteurs professionnels introduisent des races étrangères et ils les croisent par insémination artificielle ce qui exige un matériel très onéreux. Ils font valoir le « rendement » et la « douceur » de ces abeilles exotiques. Il est vrai que les reines obtenues par hybridation sont d’abord très prolifiques. Leurs ruches, très populeuses, donnent de bonnes récoltes. Mais elles s’épuisent vite. Il faut les changer tous les deux ans. Et ce n’est pas rien que d’aller chercher, parmi 50 000 ouvrières et plus, « la » reine pour en substituer une autre qui ne sera pas obligatoirement acceptée par la colonie ! Autre inconvénient : ces abeilles récemment acclimatées sont moins résistantes...

Quant aux maladies, les abeilles n’en ont pas systématiquement. Mais il faut les connaître pour savoir comment les traiter. Et pour les déclarer. Quatre sont dites « légalement contagieuses ». Tout apiculteur dont les ruches sont touchées, doit obligatoirement le signaler à la Direction des Services Vétérinaires du département.

Deux de ces maladies la loque bénigne et la loque maligne, frappent le couvain. Dans le premier cas, la ruche dégage une odeur aigre. Dans le second, une odeur de colle de menuisier. Et les larves mortes ont une consistance filante.

Les deux autres maladies, l’acariose et la nosémose, sont causées par des parasites qui infestent (respectivement) le système respiratoire et le tube digestif de l’abeille adulte. Premier symptôme : de la mollesse au travail. Les butineuses tremblent sur la planche d’envol et n’arrivent plus à prendre leur essor. Il est difficile de distinguer ces deux maladies l’une de l’autre. Seul un examen bactériologique, pratiqué dans un laboratoire agréé, permet de poser un diagnostic en toute certitude. Pour la nosémose cependant, un critère assez simple on prend une abeille par les ailes et on arrache son dard avec une pince. Si l’intestin est rose, tout va bien. S’il est blanc, c’est la nosémose.

Décelées à temps, ces quatre maladies se soignent bien. La façon d’utiliser les médicaments des antibiotiques ou des sulfamides est parfaitement définie afin que le miel demeure un produit naturel. Mais un rucher malade donne un surcroît non négligeable de travail.

Hélas, ces quatre maladies ne sont pas les seules. Des mycoses, causées par des champignons microscopiques, semblent en progression. Et les races étrangères y sont très sensibles ! Contre celles là, aucun remède n’est vraiment efficace. La meilleure prophylaxie consiste à lutter contre l’humidité... En cas de maladies contagieuses, les apiculteurs doivent se référer aux agents sanitaires de leur département. Ceux ci les aideront à appliquer les traitements. Voire leur fourniront, dans certains cas, des médicaments.

Ces agents nommés par arrêté préfectoral sont assistants, spécialistes ou aides apicoles. Les premiers coordonnent l’activité des autres, qui mettent leurs compétences au service de la profession pour le prix dérisoire de 6 à 12 F par vacation. A ce tarif qui mérite d’être sérieusement revalorisé l’apiculteur professionnel perd son temps. L’amateur peut raisonner différemment s’il obtient la note de 15 aux cours itinérants qui forment les spécialistes, il a le droit de suivre les cours d’un haut niveau technique de Nice ce qui l’enrichira personnellement. C’est ce qui amène quelques jeunes dans le cadre des agents sanitaires.

En France, apiculteurs professionnels et amateurs sont très divisés : ils s’éparpillent en une multitude de groupements ou sociétés diverses à l’échelon national et départemental. Ce qui explique sans doute que malgré le nombre de gens qui s’intéressent aux abeilles, l’apiculture reste un hobby, dans notre pays, alors qu’elle est une profession reconnue aux Etats Unis et en Grande Bretagne.

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