En France et en Angleterre ont un ancêtre commun le Chien de Saint Uubert. Lorsqu’il parvint sur leurs rivages avec les compagnons de Guillaume le Conquérant, les Anglais l’appelèrent Bloodhound. Son nom français lui vient des moines de l’abbaye de Saint Uubert dans les Ardennes.
C’est un gros chien à la tête lourde, au regard mélancolique, et qui paraît flotter dans son pelage tant il est plissé et ridé. Mais l’endurance, la puissante voix de basse et surtout la finesse de l’odorat qui lui sont propres se retrouvent chez ses descendants. Aussi mérite t il d’avoir été appelé outre Manche « father of all Hounds », c’est à dire « père de tous les chiens de meute ».
Lancer des chiens aux trousses d’un animal et galoper derrière eux a toujours été un des plaisirs de l’homme. Ivresse de la poursuite où l’odeur de l’herbe foulée, des feuilles mortes, de la terre qui vole sous les sabots des coursiers, où le vent dans la figure et l’action du cheval contribuent à la griserie. Ainsi de la chasse au renard, de la chasse au sanglier qui « débuche », randonnées à travers la plaine. Mais les satisfactions qu’on y trouve, si vives qu’elles soient, paraissent frustes aux adeptes de cet art qui allie science et finesse à un exercice de violence, aux adeptes de la chasse aux cerfs et aux chevreuils dans les forêts, aux adeptes, en un mot, de la vénerie française.
Depuis Mérovée, elle fut l’apanage des rois et des seigneurs. Il lui en reste un rituel qui s’est perfectionné au cours des âges et qui actuellement encore replonge ceux qui y participent dans une atmosphère archaïque dont le cérémonial, le vocabulaire spécial qui est un langage presque ésotérique, la tenue même que l’on revêt contribuent à l’élégance et provoquent chez les spectateurs un éblouissement secret.
Sans doute les loups et les chacals chassent ils en bande, sans doute les chiens, leurs descendants, savent ils l’avantage d’unir leurs efforts et ont ils l’instinct de couper la ligne de retraite d’un lièvre débusqué par l’un d’eux. Deux corniauds de village s’associent pour forcer un mouton ou attaquer un poulailler, et les renardes rabattent les lapins vers les renards leurs époux. Mais l’ensemble homogène que présente une bonne meute formée par un patient travail, démontre la différence qui existe entre la horde et l’équipe, entre une tourbe de pillards et un régiment d’élite.
Chevaux, chiens, cavaliers, amazones entourent l’enceinte où le cerf est « rembuché ». A ce moment, à l’aide de six ou huit chiens, les « rapprocheurs », le cerf est mis sur pied. On découple alors les trente six ou quarante chiens qui forment le gros de la meute. Le premier piqueur à cheval les entraîne sur le « vol ce l’est » tandis que les autres piqueurs rallient ceux des chiens (généralement la « jeunesse ») qui pourraient « prendre le contre », c’est à dire retourner vers le point d’attaque. Taïauts, sonneries de trompes, cris de chiens qui, bien « ameutés », c’est à dire bien rassemblés, « empaument » la voie chaude, dit le duc de Brissac, « d’un même pied et d’une même gorge ». Cette troupe bruyante qui procède d’un seul élan préserve cependant là est le miracle l’individualité de chacun de ses membres. Chaque chien connaît son nom et y répond. Quand la meute est « en défaut », cherchant parmi les traces qu’elle « foule » celles de l’animal de chasse, le veneur entre les « récris » distingue le timbre de voix de tel chien au jugement duquel il peut se fier ou la voix de tel autre dont le flair est douteux et qu’il « arrête ». Et la course reprend avec ses péripéties jusqu’à l’hallali et la curée.
Les équipages d’antan, depuis le Moyen Age jusqu’au XIXe siècle, étaient disparates. Les meutes de Louis XIV et de Louis XV comprenaient de grands griffons, de poil et d’allure variables. Le duc de Brissac écrit : « Le chien classique moderne apparaît au xvin5 après des croisements avec les Foxhounds anglais. A la Restauration, le type est à peu près fixé. Il n’a cessé de se parfaire par sélection et donne le chien de nos meutes métis franco anglais au pelage tricolore, noir, feu et blanc ; anglo normands et anglo poitevins, au pelage bicolore, noir et blanc (anglo saintongeois). » Doué de « haut nez », il a le cou puissant, la croupe musclée, le pied de chat, le « fouet » (ou queue) gaillard, recourbé en cimeterre.
Avec les mêmes chiens on chasse aussi « à courre, à cor et à cri » le chevreuil et le daim, ainsi que le sanglier. Dans ce dernier cas l’équipage se nomme un « vautrait ». On courre le renard avec des Foxhounds et le lièvre avec des Harriers, à moins cependant qu’on ne le chasse à pied (et non à cheval). L’équipage est alors composé soit de Beagle, soit de Beagle Harriers qui ont l’aspect de petits Foxhounds, soit enfin de Bassets.
Les Bassets d’Artois existent depuis un temps immémorial en France et en Angleterre. Shakespeare vante leur courage « spartiate », décrit leurs « lourdes têtes aux oreilles si longues qu’elles balaient la rosée du matin », leurs voix graves et « accordées comme les bourdons d’un carillon », et « jamais, ajoute t il, trompe de chasse ni cris de veneurs n’encouragent plus harmonieuse musique ».
Croisé avec des chiens de Normandie, c’est sous l’aspect du Basset artésien normand qu’il se montre de nos jours. Cet étrange animal a donc le large poitrail et la puissante carrure du chien de Saint Hubert, mais il garde les courtes jambes cagneuses auxquelles il doit sa dénomination. Aussi n’est il pas question qu’un Basset puisse gagner sa proie de vitesse. La meute hurlante suit les virages, les voltes, les feintes du lièvre qui semble se jouer d’ennemis aussi bruyants et aussi lents. Peu à peu la ténacité de ces nabots, persévérants comme la tortue de la fable, vient à bout des tours et des ruses. La malheureuse victime est forcée au bout d’une longue course.
Le Griffon nivernais est un grand chien courant au poil dur et hirsute, gris foncé ou gris noir avec quelques marques feu. De race ancienne, il existait déjà au 11e siècle de notre ère. D’anciens ouvrages arabes racontent que les seigneurs croisés invitaient, pendant les trêves, les seigneurs de Syrie à courir avec eux le lièvre. Ils se servaient pour cet usage de Braques et de Griffons amenés d’Europe, à l’émerveillement de leurs amis provisoires qui jusqu’alors ne chassaient « qu’à vue », avec leurs sloughis. Cette anecdote ouvre un jour sur les rapports courtois qu’entretenaient malgré les combats et le fanatisme religieux les partisans de la Croix et ceux du Croissant.
Plus tard le Griffon nivernais fut le pilier de tous les équipages princiers depuis saint Louis jusqu’à Henri II. Il était célèbre sous le nom du « gris des meutes royales.
Au XVIIe et m siècle, on employait encore les Griffons comme en témoignent les peintures de Snyders, de Desportes et d’Oudry, mais certains inconvénients tels que la difficulté qu’on trouve à les ((ameuter », les firent peu à peu évincer. Ils étaient en voie de disparition lorsque, au siècle dernier, le comte Le Coulteux (le Canteleu en recueillit les derniers représentants et en fit un équipage destiné à courir le loup.
Irish Wolfhound (Chasseur de loup Irlandais). Les Irlandais le croient autochtone et lui attribuent une origine fabuleuse. Un sorcier transforma en chienne une dame. Cette dame avait un neveu qui lui était dévoué, Fionn Mac Cumail. Fionn obtint que l’enchantement prît fin, mais pas avant que sa tante n’eût mis au monde deux chiots Brian et Scolaun, les premiers Wolfhounds, qui vécurent toujours dans l’intimité de leur cousin. C’est ce qui explique l< esprit humain » de ces chiens considérés à travers les siècles comme présents dignes des rois et souvent offerts par les souverains d’Angleterre à ceux de France, d’Espagne et de Pologne.
Cromwell interdit leur exportation en 1652 à cause de leur rareté et de l’accroissement du nombre des loups. Mais de nos jours on ne chasse plus guère les loups, et les Wolfhounds sans emploi seraient menacés d’extinction si un petit nombre d’éleveurs ne cherchaient à préserver une race dont l’intelligence est hors de pair.