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 Les moutons sont d’éternels affamés

Les agneaux sont presque tous vendus (à 100 ou mieux 120 jours). Restent un ou deux « faiblards », que Bertrand L. nourrit au biberon « pour qu’ils reprennent le dessus ». Avec le Berrichon du Cher, pas de traite. Les petits sont parqués à l’écart des mères pour qu’ils commencent à manger de bonne heure. Mais on lève la barrière qui les sépare, à l’heure des tétées.

« Ici, dit Bertrand L., les bâtiments sont grands, les bergeries propres et l’élevage assez traditionnel. On donne bien de la pulpe de betterave comprimée en usine sous forme de petits bouchons, mais ce n’est pas vraiment artificiel. Regardez aussi la cour pas de tas de fumier, pas de crottes. Je fais sortir les moutons à l’extérieur. La ferme de M. Herbelot est ferme pilote en Seine et Mai ne. Mais si vous voyiez certaines bergeries ! C’est sale, c’est moche ! Les bêtes ne sortent jamais. Les agneaux sont tassés les uns sur les autres. Je ne sais pas, peut être qu’on s’y fait, mais moi je n’aurais pas voulu faire un stage là dedans »...

La question des stagiaires est épineuse. M. Herbelot et Bertrand L. ont eu la chance mutuelle de se rencontrer. En principe les exploitants ne prennent que des « bergers de tradition » ou des personnes inscrites dans les Centres de formation professionnelle pour adultes. Or ceux ci sont déjà débordés de candidats. Dont beaucoup n’ont pas de vocation sérieuse, heureusement...

Précisons, à titre indicatif, que si le Centre de Saint Yrieix reçoit 450 lettres de demandes pour vingt places par promotion, 110 personnes seulement envoient un dossier d’inscription et 50 se présentent à l’examen. A Rambouillet, toutefois, les listes d’inscription sont remplies jusqu’en 1978. Théoriquement la situation semble inextricable. Pratiquement le métier est ouvert : on manque de gens compétents. A tel point que M. Herbelot parle de vendre ses moutons, quand Bertrand L., qui est attiré par le soleil, partira faire un stage à la montagne. M. Herbelot, lui, ne veut ni d’un berger diplômé qui prétendra tout régenter, ni d’un paresseux ou d’un insouciant. Mais peut être trouvera t il un autre jeune qui acceptera de jouer le jeu... pour quelque 2 700 F par mois, en étant logé !

Il semble qu’il y ait toujours une entente possible entre gens de bonne volonté. Et de bonne foi. Néanmoins beaucoup de stagiaires sont exploités. Dans le midi, Bertrand L. a deux frères. L’un, du côté de Nîmes, garde cent brebis à la belle saison : il touche 250 F par mois. L’autre qui est ingénieur agronome, mais n’a pas de diplôme de berger, travaille dans la Larzac pour 1 000 F par mois même pas le S.m.i.c. Alors qu’il pourrait en gagner six fois plus : « mais, pour l’instant, il s’en moque »... Chez les bergers, en dépit des Conventions collectives, la fourchette des salaires reste aussi très largement ouverte. Elle dépend de la générosité de l’exploitant, de l’importance de son troupeau et du travail du berger qui est souvent semi intéressé à la réussite de l’élevage. Ainsi, par exemple, un éleveur donne 10 F par agneau vendu (ou élevé) en surnombre par rapport aux mères. Car, si les brebis ont été bien préparées avant la « lutte » par l’alimentation, la façon de les présenter au bélier, etc. , elles feront beaucoup plus de doubles. La brebis émet naturellement un ou deux ovules, fécondables ou non suivant sa condition physique.

Si le berger fait la tonte, il gagne encore une petite somme sur chaque bétel. Son salaire oscille donc entre 2 500 et 2 700 F par mois, avec un maximum possible de 5 000 F au moment de la tonte et de la vente des agneaux. Par contre, certains éleveurs embauchent un tondeur qui prend 3 F par mouton. (C’est là un travail saisonnier, de mars à début juillet.) La transhumance peut rapporter beaucoup aussi sur les grosses troupes : dans les 4 000 F, mais pendant quelques mois seulement.

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