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 Maréchal-Ferrant

Pourquoi avez vous choisi de devenir maréchal ferrant ?

J’aime bien les chevaux. C’est un des rares métiers, dans ce secteur, qui permette de vivre. Et puis, intéressant...

Contrairement aux palefreniers, aux lads trop souvent exploités, l’ouvrier maréchal ferrant gagne assez bien sa vie. De 2 000 à 3 000 F par mois (un peu moins quand il est logé et nourri).

Mais ce salaire s’explique le métier est dur et complexe. La journée commence souvent à 7 h et se termine à 19 h. En tout peut être sept heures de travail effectif. Le reste du temps se passe à rouler : un agrément ou une fatigue. Car le cheval n’est plus conduit à la forge du village. C’est le maréchal ferrant qui se déplace, dans une camionnette spécialement équipée, avec son personnel.

Pour l’instant, le jeune L. n’est encore qu’apprenti chez M. Vissac, un maître maréchal réputé qui a eu deux fois la médaille d’argent du meilleur ouvrier de France : « Le plus délicat, dit il, c’est de parer le pied, c’est à dire de tailler la corne. » Elle pousse d’environ un centimètre par mois. Mais irrégulièrement. Plus en pince qu’au talon, par exemple. Puis si le pied est normal, on chauffe un fer (mécanique) (acheté tout fait et qui convient grosso modo) 1200 °C dans une forge portative (avec ventilateur électrique). Quand ce fer est rouge, on l’ajuste en quelques coups de marteau sur l’enclume. Et on le pose : la fumée qui se dégage, prend à la gorge, mais on s’y fait ; les escarbilles de charbon dans les yeux sont plus désagréables. Cette opération qui brûle la corne, fait disparaître certaines petites inégalités du « parage » et assure une « parfaite co adaptation du fer et du sabot ».

Ceci fait, le fer est refroidi dans un seau d’eau. Puis limé sur son pourtour extérieur. C’est ce qui s’appelle faire le fil d’argent à la meule (électrique, elle aussi). Enfin on broche le fer. Les clous se plantent en dehors du « rayon circulaire » qui délimite la partie vive du sabot. On « serre bien les clous » (en tapant dessus). On coupe la pointe qui ressort, et on les rive en les rabattant. Pour finir et pour la beauté du travail, pour qu’éventuellement les cavaliers ne se blessent pas en mettant des cloches en caoutchouc aux pieds de leur cheval, le dernier geste consiste à donner un coup de lime sur la paroi externe du sabot.

Aujourd’hui, seuls les chevaux difficiles sont ferrés à la française : avec l’aide d’un teneur de pied. Pour tous les autres, le maréchal opère à l’anglaise : en maintenant la jambe du cheval entre ses cuisses. Le geste n’est pas le même et cette méthode s’avère éprouvante, à la longue, pour les reins. Les galopeurs sont évidemment moins lourds (350 à 400 kg) que les chevaux de concours hippique (600 kg et plus) qui doivent sauter deux mètres à deux mètres vingt, en portant un cavalier de 70 kg environ. Mais indépendamment de leur poids, selon leur tempérament, les chevaux « se laissent porter ou bien s’appuient ».

La ferrure à chaud se pratique pour poser les fers relativement lourds des chevaux de selle, de concours et de labour (oui, il en reste quelques uns...). Et des chevaux d’attelage qui « usent beaucoup » en tirant les nouvelles diligences ou roulottes de tourisme.

Les chevaux de course, eux, se ferrent à froid, ou pratiquement. M. Eudes, un autre maître maréchal éminent, a remplacé la forge par un four à propane. Le fer beaucoup plus léger est chauffé suffisamment pour être ajusté. Mais il ne brûle plus la corne. Avec cette technique, le « parage » doit être absolument parfait. On pose même des fers en aluminium.., et en plastique.

Voici pour les généralités. Mais les chevaux bien entretenus posent de multiples problèmes particuliers. Le terrain est il gras le jour d’un concours hippique ? On pose sans déferrer des crampons pour que le cheval qui saute « se réceptionne sans glisser ». Même chose, avec des crampons plus pointus, si le terrain trop sec est recouvert d’une herbe jaune, très glissante aussi. La ferrure du trotteur, qui se fait en accord avec l’entraîneur, doit faciliter le « passage » d’une allure naturelle, le galop, à une allure artificielle.

« La maréchalerie, dit M. Eudes, ce n’est pas du travail à la chaîne. Ça demande de la réflexion. Beaucoup de réflexion. » Tel cheval est panard (pieds divergents) et « il se coupe dans les boulets ». Tel autre est cagneux (pieds convergents) et ça le prédispose à buter. Deux défauts classiques parmi quantité d’autres qui se corrigent par de nombreux fers. Fers échancrés, fers à oignons, fers à queue d’aronde dits encore « fers suédois désencasteleurs’ », etc. Il doit bien en exister en tout quelque deux cents variétés...

La maréchalerie est d’une très haute technicité. On ne l’apprend pas en six mois comme une floraison d’écoles pour adultes le laissent croire. On peut devenir assez rapidement un « poseur de fers ». Mais le véritable maréchal qui sait forger et brocher un fer orthopédique est bien plus que cela. Il doit tout connaître de la jambe du cheval et savoir comment on peut remédier, par un fer approprié, à un défaut du pied, à un mauvais aplomb. Si bien que, du point de vue des débouchés, il y a suffisamment certains disent trop de poseurs de fers. Et pas assez de maréchaux réellement qualifiés.

Dans ce domaine, les meilleurs artisans qui nous restent, sont ceux qui ont été formés à l’École de cavalerie de Saumur. Mais celle ci a fermé ses portes en 1938. C’est dire leur âge ils ont la cinquantaine. Il leur appartient de passer le flambeau à la nouvelle génération. On apprend donc le métier en se plaçant chez un homme comme M. Vissac ou M. Eudes tout en suivant des cours théoriques chaque semaine ou chaque mois dans un Centre de formation d’apprentissage agréé 2 J reste à passer le C.a.p., institué en mars 1974, pour accéder au rang d’ouvrier. L’Ecole des haras du Pin, dans l’Orne, prépare aussi en trois ans de scolarité, des adolescents à ce C.a.p. Mais chaque promotion ne compte que quatre élèves, en raison de l’effectif limité des chevaux qui servent aux travaux pratiques.

Ce C.a.p., dont la première session a eu lieu en 1975, nécessitera sans doute quelques modifications à la lumière de l’expérience. D’aucuns le jugent mal conçu : certains fers orthopédiques inscrits au programme sont même considérés comme trop difficiles à exécuter (fer à pantoufle, fer à la Florentine) pour des candidats de ce niveau. Ils relèvent plutôt du brevet de maîtrise.., lequel reste à créer. La Confédération nationale des artisans et petites entreprises en milieu rural voudrait que ce diplôme soit nécessaire pour pouvoir s’établir comme maître maréchal...

Mais en vérité, à l’heure actuelle, avec ou sans C.a.p., n’importe qui (depuis 1961) peut s’installer à son compte : à ses risques et périls. Aux risques et périls du client également. Cette situation préoccupe toute la profession : « Les mauvais maréchaux lui font du tort. Seuls les coiffeurs et les routiers ne peuvent exercer sans avoir un C.a.p. La maréchalerie qui est très complexe, mériterait bien une dérogation, sans que pour autant le libéralisme de l’artisanat soit remis en question ». Mais cette revendication n’a pas été entendue.

La Confédération essaie maintenant de regrouper les entreprises qui prendront volontairement l’engagement d’accorder à leurs ouvriers un certain nombre de journées de stage chez des maréchaux confirmés (et bons pédagogues) pour se perfectionner. La Confédération désire également promouvoir une formation d’infirmier hippiatre qui permettrait aux maréchaux de seconder utilement le vétérinaire pour tous les soins de la jambe.

Bref, le C.a.p. n’est qu’un début dans ce métier, on peut toujours apprendre. Voire même innover. Un exemple : certains sabots sont tellement rongés, crevassés qu’il est impossible d’y planter un clou.

M. Eudes s’est entendu avec un ingénieur qui a mis au point une résine. Elle adhère parfaitement à la corne et on peut brocher un fer dessus. Le plus difficile (cinq ans de recherche) a été de trouver un produit qui sèche assez rapidement en sept ou huit minutes. C’est par ce genre d’initiative qu’on se fait apprécier.

Pour réussir, il faut commencer par savoir « battre le fer quand il est chaud » : être bon forgeron, habile, rapide et toujours à la disposition des clients. Avoir le sens des allures et des aplombs, et celui des contacts humains, du commerce. Sans oublier de s’intéresser à la gestion de l’entreprise (ou avoir une femme qui le fait pour vous). Sur le plan matériel, il suffit, pour débuter, d’acheter une camionnette, une forge ou un four à propane, une meule, etc. Et de bricoler quelques casiers pour ranger les fers de différentes pointures. On compte que pour vivre il faut entretenir régulièrement deux cents chevaux environ.

Pour évaluer vraiment les débouchés, la Confédération nationale des artisans ruraux est actuellement en train d’établir un répertoire de toutes les entreprises qui font de la maréchalerie leur activité unique ou annexe. Deux certitudes cependant. D’une part les besoins en artisans de qualité sont évidents. D’autre part, les maîtres maréchaux, qui manquent de temps, et les rares écoles valables, qui manquent de chevaux ou de forges, ne peuvent en tout prétendre former parfaitement, et présenter au C.a.p., que douze à quinze jeunes par an.

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