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 Orithophile

Il est le seul oiselier professionnel de Paris. Il élève, au dernier étage d’un immeuble du XIIe arrondissement, des centaines et des centaines de canaris. Et il en vend dans le monde entier. Ici, des cages partout, dans toutes les pièces et jusque sur la terrasse en plein air. Avec le chant des oiseaux il faut presque hausser le son de sa voix pour se faire entendre. On se croirait dans un autre monde.

M. Ascheri a eu le bonheur de réaliser ici le rêve de milliers d’ornithophiles ne plus vivre que par, et pour l’oiseau. « Non, mes parents n’en élevaient pas. Mais moi je m’y suis toujours intéressé. C’était mon violon d’Ingres : j’étais restaurateur. Et puis quand j’ai vu que mon petit élevage marchait bien, j’ai tout abandonné pour me consacrer aux oiseaux. J’ai trouvé ce logement en terrasse, sans voisins. Maintenant voilà vingt cinq ans que je bourlingue en Angleterre, en Hollande, en Belgique et en Italie. Je suis connu et je ne participe plus aux expositions. Du moins en France, pour ne pas faire concurrence aux jeunes. Je préfère jouer le rôle de conseiller. »

Le téléphone sonne souvent « Combien faut il compter pour un bon oiseau ? » De 100 à 150, voire 200 F pour un canari. Ces appels viennent d’amateurs déjà très avertis. M. Ascheri est spécialisé dans les canaris couleurs. Et ces oiseaux obéissent comme les roses aux caprices de la mode. Pour l moment les teintes pastellisées sont les plus prisées. Ces canaris qui paraissent ternes aux novices valent d’autant plus cher jusqu’à 1 000 F pièce et plus a t on dit qu’ils sont tout « nouveaux ». Ils « durent » deux à trois ans à un prix élevé puis tout le monde en fait et ils se banalisent.

L’oisellerie est avant tout question de génétique. Dans la nature le canari est un petit oiseau gris vert, assez quelconque. Mais, de temps à autre, une mutation apparaît. L’oiseau est en général fragile et plutôt vilain. Mais pour l’éleveur, quelle aubaine ! Il s’ingénie à le protéger et à le faire reproduire en combinant de savantes alliances qui permettent à la mutation « de mieux s’exprimer ». Les descendants s’améliorent. Et surtout la variété est fixée. Depuis 1960, on compte quatre mutations à l’échelle mondiale et c’est beaucoup. De là les canaris aux yeux rubis (qui y voient mal au soleil, comme les albinos) et donc les canaris de teintes pastel. Les oiseliers recherchent sans arrêt la nouveauté : Et c’est ça qui est agréable. Mais avant d’en arriver là, il faut acquérir beaucoup d’expérience.

Où acheter ses premiers oiseaux ? Les marchands s’approvisionnent auprès des éleveurs de Formose et du Japon d’une part. De Hollande d’autre part. Les premiers nourrissent parfois leurs oiseaux avec des produits semi digérés : résultat, ceux ci ne savent même pas « casser la graine » (la décortiquer). Ces canaris crèvent devant du chènevis. Tout dépend des lots. Les oiseaux de Hollande, eux, sont souvent plus ou moins bien guéris de maladies qui sévissent là bas dans l’aviculture. Le stress dû au voyage fait réapparaître variole, colibacillose, salmonellose... Certains marchands sérieux s’emploient à observer et à requinquer leurs oiseaux avant de les exposer au public. On trouve, en général, peu de « belles pièces », sauf dans quelques boutiques très spécialisées mais tout de même des oiseaux valables pour faire ses premières armes.

Cependant, la meilleure filière pour débuter avec un bon oiseau ni trop nouveau, ni trop quelconque c’est les sociétés d’ornithophihe. Elles sont innombrables l. Le président oriente les débutants vers un éleveur chevronné. Les oiseaux sont plus chers, mais ils doivent être sains, de race pure et avoir avec la bague et la fiche généalogique, l’équivalent d’un pedigree. Ceci est parfait avec des gens « absolument transparents ». Il y a eu, hélas, des scandales. De faux éleveurs qui n’étaient que des importateurs. Des tricheries sur les bagues les accouplements ne peuvent être contrôlés. La meilleure garantie, c’est encore sa propre compétence en la matière. Disons, en bref, qu’un oiseau en bonne santé a un plumage serré, propre, et brillant à la lumière du jour.

Avec l’oiseau, la cage. Son choix dépend de l’oiseau : canaris, mandarins, Moineaux du Japon, Diamants de Gould, Colombes diamant, Cailles de Chine, perruches, etc. Mais en gros c’est une question de bon sens. La cage doit avant tout pouvoir être nettoyée à fond facilement et ne provoquer aucun accident. La meilleure forme ? Celle de la boîte d’allumettes, plus longue que haute : le vol de l’oiseau est toujours oblique. Son volume ? Au moins 40 x 20 x 20 cm pour un couple de canaris. Mais c’est nettement insuffisant pour une seule colombe. Les perruches ont l’habitude de se déplacer, en s’agrippant aux barreaux : attention à ce qu’aucun accessoire ne soit la cause d’un ongle accroché ou d’une patte coincée. Les mangeoires extérieures présentent deux avantages on les ’remplit sans déranger les oiseaux et ceux ci ne peuvent souiller leur nourriture.

Le choix des matériaux ? Pas de bois avec les psittacidés qui sont de véritables rongeurs. Il vaut mieux leur donner une planchette ou des rameaux tendres et opter pour une cage métallique d’un entretien plus facile aux barreaux bien soudés. Mais le perchoir en bois est un support « chaud » pour les oiseaux qui vivent à l’extérieur. Au fond de la cage, si possible, du sable de rivière (l’oiseau en a besoin pour digérer) ou un tapis de cage pré sablé.

Et, maintenant, où accrocher la cage ? Surtout pas dans la cuisine : à cause de la vapeur d’eau, des émanations de friture, de la surchauffe du four. On ouvre constamment la fenêtre et les oiseaux supportent très mal les courants d’air. Mais, en revanche, ils s’acclimatent bien au froid. Beaucoup peuvent passer l’hiver dehors sous un abri. Et,à la belle saison, rien ne vaut la volière extérieure où ils prennent de l’exercice, et picorent les herbes qui poussent par terre : la meilleure verdure.

Les éleveurs se demandent souvent s’ils doivent donner de la salade. Oui, s’ils s’astreignent à bien la laver à cause des produits de traitement. Et à bien l’essuyer : pour éviter le développement néfaste d’une flore amibienne. Les fruits juteux et sucrés sont bons. A savoir cependant que la pomme est diurétique et risque de donner de la diarrhée.

Côté graines, les mélanges qu’on trouve dans le commerce comprennent parfois un excès de gruau et de chènevis. Ces graines, riches en graisse, donnent trop de calories à un oiseau qui mange par ennui, se dépense peu et se trouve confiné dans une pièce chauffée. Mieux vaut donc faire ses mélanges soi même. Et donner toujours 50 à 60 % d’alpiste. Si ce n’est plus. Les graines oléagineuses ne conviennent qu’aux oiseaux qui vivent dehors par les grands froids. Ou en période de reproduction. Deuxième problème, ces mélanges sont vendus aux particuliers en petits paquets, onéreux pour les éleveurs qui « consomment » deux litres de graines par jour. Certains détaillants consentent à réduire leur marge bénéficiaire pour garder leurs meilleurs clients. Les éleveurs se groupent aussi en coopératives pour acheter leurs graines.

Mieux vaut également faire ses pâtées soi même. Certains oiseliers y fourrent jusqu’à cinquante ingrédients différents (pollen, miel, glucose, etc.). D’autres tendent à simplifier la recette. Et les « trucs » découverts empiriquement se passent de bouche à oreille. En réalité, personne ne sait vraiment comment il faudrait nourrir les oiseaux, faute d’une étude précise basée sur ce qu’ils ingèrent à l’état sauvage.

En attendant, les pâtées commercialisées sont conçues surtout pour satisfaire la gourmandise de l’oiseau son bel appétit réjouit tout le monde.

Mais, là encore, beaucoup de pâtées sont trop grasses. Et les graisses rances « pompent » dans l’organisme la vitamine E, indispensable à la reproduction.

Les oiseaux ont également besoin de protéines pour la croissance, la formation et la régénération de leurs tissus. Mais pas nécessairement de celles qu’on leur donne. Il est préférable d’acheter des produits à base d’acides aminés qui sont en somme les « pièces détachées » à partir desquelles leur organisme effectue la synthèse des protéines adéquates. Toutes ces questions de diététique sont importantes. Une mauvaise alimentation, qui fatigue le foie, favorise certaines maladies microbiennes.

La pathologie de l’oiseau est complexe et très peu de vétérinaires s’attachent à le soigner. L’éleveur les traite lui même. Sa bible : Les maladies des canaris, du Dr Viguié, ou Les maladies des oiseaux de cage et de volière, du Dr de Wailly, moins détaillé mais plus facile à lire. Et encore deux chapitres dans l’ABC pratique de l’éleveur de Canaris couleurs de A. Delille, qu’on peut se procurer par l’intermédiaire du Journal des Oiseaux. (Un livre et une revue qui, soit dit en passant, abordent très sérieusement les questions de génétique.)

Contre la variole, une maladie virale, un nouveau vaccin s’injecte avec une aiguille de machine à coudre la gouttelette de liquide glisse du chas très près de la pointe dans la membrane de l’aile. Contre les maladies bactériennes, un antibiogramme s’impose. On s’adresse pour cela à Maisons Alfort, au laboratoire des maisons de produits pour oiseaux, ou à n’importe quel laboratoire biologique.

Plus banalement les oiseaux attrapent des gales, des teignes, des poux. Il faut donc sans arrêt nettoyer, désinfecter et désinsectiser cages, volières et locaux. C’est pourquoi beaucoup d’élevages sont des entreprises familiales. Il y a tant à faire...

Surtout en période de reproduction. On passe les meilleurs mâles de cage en cage. « Un canari coche facilement trois femelles par jour, dit M. Ascheri. Plus un oiseau travaille et mieux il fonctionne. Quand il est toujours avec la femelle, il s’empâte un peu et souvent les couvées sont claires. A partir du deuxième oeuf, la grappe est fécondée et la femelle n’a plus besoin de s’accoupler. Je retire chaque oeuf pondu au fur et à mesure. Je le mets dans le noir et le remplace par un oeuf factice. Quand la ponte est terminée, je rends les oeufs à la mère. Ainsi les petits naîtront tous en même temps. Bien sûr, il faut tenir un cahier des accouplements. » Et ne pas toucher aux oeufs avec des doigts qui sont parfumés à la nicotine !

Nous n’avons fait là qu’effleurer les multiples difficultés du métier. Car c’en est un. Que l’on travaille comme vendeur dans une oisellerie ou qu’on travaille pour soi. Dans ce cas, un élevage bien mené peut rapporter de 60 à 70 000 F par an 1. De là deux problèmes : un problème de formation déjà évoqué au chapitre aquariophilie. Et un problème de fiscalité, commun à tous les petits élevages amateurs. Nous le traitons plus particulièrement au chapitre des éleveurs de chiens.

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