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 Palefrenier

Qu’est ce qu’un lad, un palefrenier, un garde des haras ? C’est une personne d’abord attachée aux soins des chevaux. Seule la dénomination change, selon qu’il s’agit d’un cheval de course, de selle ou d’un étalon des haras nationaux. Mais, parmi tous les « hommes de cheval », le soigneur est vraiment le plus près de ce magnifique animal que nous nous glorifions d’avoir « conquis ». « Je ne pourrais pas faire ce métier, si je n’aimais pas les chevaux, dit Roger R., garde au Haras du Pin depuis douze ans ; c’est un travail dur, astreignant. » Mais entre les cinq chevaux dont il a la responsabilité et lui, se tissent des liens difficilement exprimables...

Roger R. est affecté au service particulier des dix sept chevaux d’officiers des haras. Chacun possède un ou deux chevaux de pur sang ou de demi sang, dont doivent s’occuper quatre gardes. A 7 h, commence la distribution de la première ration foin, avoine et granulés. Ensuite, tous les jours, il faut ôter le fumier et remettre de la paille fraîche. Le matin, avant sa première sortie de 8 h, le cheval est sommairement pansé : « juste un petit coup de bouchon », et un dépoussiérage à l’aspirateur. Puis il est sellé et « monté en filet », avec un mors brisé. Pendant qu’officier et cheval prennent une heure d’exercice, le garde a une pause casse croûte. Classiquement, après, il termine la « piste du fumier », avant d’aller passer en revue la douzaine de poulains à l’herbage qui servent aux leçons d’élevage et de débourrage, pour les élèves de l’École du Pin. Il arrive que les jeunes chevaux se blessent légèrement en jouant : « C’est rarement grave ; on soigne avec un désinfectant et une poudre cicatrisante. »

Tous les gardes des haras savent monter, c’est obligatoire. Faire faire vers 10 h, un petit exercice de dressage aux chevaux, fait partie du rythme quotidien « On travaille un peu les allures. » Puis, à 11 h, le garde d’écurie prépare la ration de midi. Le cheval mange trois fois par jour, cinq kilos de foin et d’avoine. Et le nettoyage continue : d’un box à l’autre, il dure en fait toute la journée. Le pansage sérieux, c’est surtout l’après midi, une heure environ « après le travail », quand le cheval est bien sec, bien bouchonné si nécessaire. Il est alors massé pendant un quart d’heure avec une brosse douce et une étrille alternativement. Visiblement, Vickie -ou Amaranthe apprécie. La toilette se termine par le brossage de la crinière et de la queue, le nettoyage et le graissage des sabots. Mais avant de terminer sa journée, le garde doit encore vérifier l’état de la sellerie, dont il est également responsable.

Ainsi, de 7 h à 17 h 30, malgré trois heures de pause, la journée est bien remplie. Au Haras du Pin, le garde travaille aussi le samedi jusqu’à 16 h et un dimanche par mois, avec un jour de repos compensateur dans la semaine. Il a quarante cinq jours de congés payés, un salaire de 1900 F par mois et une prime de risque. Il est fonctionnaire.

Au Pin, ils sont une trentaine, affectés aux cent quarante chevaux de l’École et des officiers, ou aux quatre vingts étalons. Auprès de ces derniers, le côté « manoeuvre » du métier est le même, quoique un peu plus délicat, les étalons étant en général plus susceptibles que les hongres ou les juments. A l’époque de la monte c’est à dire des saillies qui s’étale du 15 février au 15 juillet avec une « pointe » du 15 mai au 15 juin, les gardes sont répartis dans les détachements de leur circonscription des haras. Chaque station de monte compte de deux à cinq reproducteurs, sous la responsabilité d’un garde, secondé par deux ou trois auxiliaires selon l’importance du détachement.

La tâche de « l’étalonnier » consiste à préparer et à surveiller le cheval (il reçoit notamment une nourriture plus riche en protéines) avant, pendant et après la saillie. A examiner voire à choisir les juments, surtout lorsqu’il s’agit d’étalons de valeur, qui restent en principe au haras, sous surveillance spéciale. Comme Carmarthen, par exemple, Pur sang anglais né en 1964, vainqueur de nombreux Grands Prix et pour lequel on trie une quarantaine des meilleures poulinières par saison. Ainsi, le palefrenier qualifié joue un rôle de conseiller auprès des éleveurs. L’étalonnier existe également dans le secteur privé dans certains grands haras de Pur sang. Mais la plupart du temps, les éleveurs ont surtout des juments. Qu’elles soient de sang ou de demi sang, elles exigent des soins particuliers.

Dans ce domaine, le rôle classique du palefrenier est simplifié, juments et poulains restant en principe tout l’été à l’herbage. Mais il se complique par un contrôle sérieux des rations et des tétées. Les naissances, de janvier à juin, sont toujours assistées, même chez les chevaux de selle et à plus forte raison chez le Pur sang. En général, le poulinage se passe sans problème, mais comme les saillies de Pur-sang coûtent une fortune l, on prend énormément de précautions au moment des naissances. Le soigneur coupe le cordon ombilical et vaccine le nouveau né dans les quarante huit premières heures de sa vie (prévention des infections et des troubles du métabolisme vitaminique). C’est aussi au soigneur qu’incombe la surveillance du poulain vers l’âge de 5 à 6 mois au moment du sevrage, période critique. C’est encore à lui de ramener la jument à la saillie neuf jours environ après la mise bas, et d’assister aux tests d’usage trois semaines plus tard, pour vérifier si elle est pleine.

« C’est un métier qui a des débouchés », dit M. Charpentier, directeur des Haras de Tarbes, ex directeur adjoint à l’École des Haras du Pin (Les haras privés manquent de personnel compétent pour les soins aux poulains et réclament des soigneurs qualifiés.) Pour satisfaire ces fortes demandes, l’École du Pin a ouvert, en 3 année de formation des palefreniers, une section « élevage » très intéressante. Les élèves six garçons en 1975 suivent la poulinière pendant toute la durée de la gestation (environ 336 jours). Les jeunes filles, qui s’intéressent davantage à cet aspect du métier de palefrenier, ne sont pas admises à l’École du Pin. Mais elles peuvent suivre les stages pour adultes du Centre zootechnique de Rambouillet ou du Collège agricole d’Yssingeaux . Il existe également des sections (<élevage » dans certains lycées et collèges agricoles, qui préparent garçons et filles à partir de 14 ans, au C.a.p.a. ou au B.a.a. de palefrenier soigneur .

Aujourd’hui, il devient impératif d’avoir au moins ce C.a.p.a. pour gravir les échelons et pour gagner correctement sa vie. Dans les haras nationaux, on a créé des grades pour valoriser la fonction. Ils vont de l’auxiliaire de service à l’adjudant, en passant par le brigadier puis le brigadier chef. Les auxiliaires de service sont chaque année recrutés au moment de la monte des étalons. Ensuite, les meilleurs peuvent rester aux haras en fonction des places disponibles. Ils y effectuent un an de stage avant d’être automatiquement titularisés.

L’organisation est nettement moins raisonnable dans certains centres équestres : seuls les plus importants possèdent un palefrenier qualifié. Et la plupart du temps, pour un travail à peu près analogue à celui du garde des haras, quoique plus astreignant encore (on compte un palefrenier pour dix chevaux), les « auxiliaires » sont de jeunes stagiaires au pair. Qui viendront grossir les rangs des moniteurs, sans emploi, alors que les clubs se plaignent de manquer de palefreniers soigneurs compétents .

Le problème est sérieux. La récente Convention collective s’est penchée aussi sur les conditions d’engagement des palefreniers. Sur leurs horaires de travail, leur repos hebdomadaire et leurs congés payés, leurs salaires et leur coefficient hiérarchique. Elle a défini quatre catégories de palefreniers, dont les salaires vont du S.m.i.c. (pour le garçon de cour sans qualification) à 1 700 F pour le palefrenier soigneur qualifié débutant. Et à 1900 F minimum pour le chef palefrenier (agent de maîtrise).

Ces réformes indispensables permettront peut être à quelques lads de se reconvertir dans les centres équestres le cas échéant. Eux ont une Convention collective depuis 1951, dont certaines améliorations, réclamées depuis trois ans, ont provoqué en 1975 maints conflits avec les entraîneurs. La formation très particulière du lad jockey le prépare de plus en plus dit on à monter en course au moins une fois dans sa vie. Mais, pour entrer à 14 ans dans un centre de formation spécialisé, les conditions sont draconiennes : ne pas dépasser 1,40 m et ne pas peser plus de 38 kg. Il faut surtout éviter de trop grandir, ce qui est difficilement prévisible...

Bref, le métier de palefrenier mérite d’être valorisé à tous égards, ne serait ce que pour offrir des emplois stables et correctement rémunérés à des jeunes, qui cesseraient peut être de rêver à un monitorat hypothétique.

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