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 Les races Retrievers

Le Retriever est ce fidèle acolyte du tireur en battue, dont le rôle est de retrouver le gibier mort ou blessé. C’est là son unique fonction. Il lui est interdit de « chasser » comme un Epagneul ou un chien d’arrêt. Perdreaux et faisans peuvent grêler autour de lui, lièvres démarrer sous son nez, être culbutés d’un coup de fusil ou s’enfuir indemnes, lapins émettre des effluves, le Retriever reste impassible. Que cette impassibilité soit feinte, nui doute ! Le bout de la queue frémit, le regard en éveil suit la chute de l’oiseau tué ou désailé. A la fin de la battue seulement, sur un signe, le Retriever va chercher un à un chaque oiseau sans jamais le serrer entre ses dents ni l’abîmer, sans le laisser tomber aux pieds de son maître, mais le lui remettant en mains propres. Il ne retourne querir le suivant qu’après en avoir reçu l’ordre. Si, dans ces courses, il croise la voie chaude d’un autre animal, ii résiste au désir de prendre le change. Et si telle est la volonté du chasseur, il laisse sur place un oiseau tombé raide en terrain découvert, pour suivre tel autre qui piète, et dont, nez contre terre, il décèle la trace à travers les luzernes, dans les fourrés, sous les ronces d’un boqueteau. Ceci est un point important de son éducation. Que de perdreaux en effet vont mourir au loin d’une mort affreuse, achevés par un renard ou un faucon, et à qui d’inutiles souffrances eussent été épargnées si le Retriever les avait promptement suivis au lieu de perdre son temps à en ramasser qui sont visibles à tout le monde. La chasse est un jeu cruel. Je ne cherche à en détourner personne, car le goût en est ancré au cour de l’homme depuis qu’il est des hommes, mais j’en veux à ceux qui par négligence ou indifférence n’achèvent pas le plus rapidement possible leurs victimes blessées, encore étourdies et partiellement anesthésiées par le choc du coup de fusil.

L’élégance consiste à ne pas imposer aux Retrievers le port d’une laisse ou d’un collier. Dès qu’ils ne travaillent plus, ils doivent être « au talon ». Pour les diriger, on ne devrait pas avoir à élever la voix. Un chuchotement, un sifflement, un geste commandent une obéissance immédiate.

Tel est le Retriever idéal. Tel se montre t il parfois pendant sa première saison, frais émoulu du dressage, point encore perverti par le contact de ses semblables, dont le mauvais exemple est vite contagieux. Aussi que d’efforts pour maintenir un jeune chien à ce point de perfection. Point de défaillance dans une discipline qui, une fois acceptée, est d’autant moins pénible à supporter qu’il n’y a point d’exception à la règle. Le chasseur doit réprimer l’envie d’envoyer, avant la fin de la battue, son chien à la recherche d’un oiseau qui piète, car on risque ainsi de faire courir les chiens des voisins, ne jamais le laisser poursuivre un lièvre blessé ou non, car ce gros animal représente une tentation telle que d’y avoir cédé une seule fois rend les suivantes d’autant plus irrésistibles. Les défauts du chien sont le produit de ceux de son maître, je le sais mieux que personne. J’ai un Retriever, un beau Labrador. Il est loin d’être parfait.

Les chiens les plus qualifiés pour servir de Retrievers, et ceux dont la propension naturelle à rapporter a été le plus intensifiée par des croisements, sont : Les Flat Coated Retrievers dont l’aspect actuel, bien qu’il soit toujours en voie d’évolution, est dû à M. S.E. Shirley, fondateur du Retriever Club d’Angleterre avant le début de ce siècle ; Les Golden Retriever dont l’ancêtre était un chien de cirque russe, croisé de TerreNeuve. Son pelage doré, plat ou ondulé, son élégance d’allures, lui méritent parmi les Retrievers le prix de beauté ; Les Labrador qui sont peut être les Retrievers les plus en vogue. C’est pourquoi je les décrirai plus particulièrement, et aussi parce que j’ai pour eux la tendresse qui vient d’une longue intimité.

Les Labradors dont le pelage assez court mais dense, d’un ton uniforme, est noir ou fauve, ou crème, sont issus des chiens pêcheurs du Nouveau Monde.

Avant que ne fussent perfectionnés les treuils et les cabestans, ils se jetaient du pont des bateaux et des barques, pour aider les matelots à rentrer les filets gonflés de poissons. Ils ont un pelage épais, presque imperméable à l’humidité, les pieds souvent palmés et une queue comme celle des loutres, qui leur tient lieu de gouvernail. L’eau leur est un élément familier. J’ai connu une chienne Labrador qui, lorsque nous nous promenions au bord d’un canal, sautait de la berge pour nous suivre à la nage. Amenez les à la mer ou près d’un lac, ils se complairont à prendre de longs bains et à s’y attarder avec l’aisance des phoques auxquels ils ressemblent par leurs allures sinon par leur physionomie. Une sélection judicieuse leur a peu à peu assuré un flair excellent. Peut être les a t on un p trou) affinés. Les derniers représentants de la race ont acquis une légèreté, une rapidité de mouvement qui risque de diminuer leur placidité, qualité essentielle puisqu’ils doivent perpétuellement maîtriser leur penchant bien naturel à courir après une proie qui leur échappe. Mais le Labrador Club fondé en 1916 veille à ce que les principales caractéristiques soient maintenues, et depuis 1906, date où les Labradors ont fait leur première apparition publique, ils n’ont cessé de triompher dans les Field Trials.

En France, depuis une dizaine d’années, on en voit de plus en plus souvent. Bien qu’ils soient d’assez forte taille, ce sont de charmants compagnons dans la maison, tranquilles et doux avec les enfants. Le mien assiste passivement à la cueillette des pois de senteur, à l’éboutonnage des dahlias. Il se couche sous mon bureau quand j’écris et reste discrètement dans son coin loin de la table quand je dîne, mais qu’il entende le déclic d’un fusil qu’on arme, que l’on crie : « perdreau ! » pour le faire tressauter, le voilà frémissant, heureux, passionné. La chasse est son plaisir. Tout le reste n’est qu’attente et temps perdu.

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