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 Toiletteur de chiens

« Toiletter les chiens, c’est un métier de coiffeur », à ceci près, disent les toiletteurs, qu’il est plus long et plus difficile de peigner, doucher, sécher un chien et de lui tailler le poil, que de coiffer des cheveux. Un coup de ciseaux malencontreux dans les culottes bouffantes d’un caniche fait un « trou »... irréparable. Or les clients sont très difficiles : ils en veulent pour leur argent (de 50 à 60 F). Et aussi très sensibles : si la tondeuse électrique a égratigné une oreille, leur animal a été « maltraité ». Ils oublient qu’un chien est remuant et facilement perturbé par la présence de ses congénères.

Si certains « habitués » se laissent faire avec patience, tondre un chien émotif tourne parfois à la partie de catch. Il faut le tenir à bout de bras d’une main, et passer la tondeuse de l’autre. On peut évidemment le maintenir contre un mur avec deux laisses une passée normalement autour du cou, une seconde passée souplement autour des reins. Mais ce système de contention ne résout pas toutes les difficultés. En particulier pour faire les pieds. Les chiens se montrent plus chatouilleux aux pattes avant qu’aux pattes arrière. Un Chow Chow, ou tout autre chien qui porte la queue enroulée, n’aime pas être brossé sur e dos. Les Cockers que trop de croisements consanguins ont rendu nerveux, ont le coup de dent facile. En revanche, ils aiment l’eau, ce qui facilite la douche.

A l’inverse des coiffeurs, les toiletteurs pratiquent la coupe ou du moins le dégrossissage avant le shampooing. Avec peigne, tondeuse, ciseaux, ils procèdent à une première ébauche du chien et enlèvent soigneusement tout le poil mort. Quant aux boules de poil feutré, on ne peut les arracher qu’à l’étrille. Le séchage s’effectue dans des cages chauffantes et se termine au séchoir à main. La finition est réservée au meilleur toiletteur du salon. Tel chien doit avoir la gueule « bien enfouie », tel autre, « au carré »... Question de race, et de clients. Certains maîtres ont des idées bien arrêtées. Il arrive par exemple qu’on taille la bavette d’un Schnauzer en V. D’une façon générale, ce sont les caniches qui demandent le plus de soins.

Les toiletteurs ont leur fierté : « Quand j’en croise un beau dans la rue et que je me dis : celui là, c’est moi qui l’ai fait, ça me fait plaisir. » Évidemment, il faut avoir le coup de main ; être adroit, mais aussi robuste et d’une patience à toute épreuve. Car le métier est dur : physiquement et nerveusement. On est toute la journée debout et dans le bruit (aboiements, séchoir à main, tondeuse électrique, etc.). Il arrive qu’un chien pique une crise de nerfs : il faut le calmer et le dominer sans brutalité. On sait ou on ne sait pas parler aux chiens. Et s’en faire obéir.

En outre, le travail est très saisonnier et les horaires élastiques. Morte saison en hiver et « coups de collier » fréquents au printemps, avant les vacances et en automne. Les chiens « rafraîchis » au début de l’été reviennent pleins de sable, le poil collé par l’eau de mer. Ceux qui chassent ont parfois des tiques ou des puces... que la tondeuse déloge et fait sauter de tous les côtés. On ne peut le dissimuler : même dans les « beaux quartiers », certains chiens arrivent vraiment sales.

Il faut donc éprouver une réelle affinité, voire un amour viscéral pour le chien. Les employeurs le savent bien. Beaucoup de débutants se découragent : « Ils restent deux mois, trois jours ou un après midi... et je ne les revois plus », confie le patron d’un chenil qui cherche un second employé. Par contre la jeune femme qui travaille depuis plusieurs années avec lui, est solidement motivée puisque, mariée et mère de famille, elle a encore quatre chiens à nourrir, soigner et aimer en rentrant chez elle tous les soirs, après son travail.

C’est ce personnel déjà formé et sûr que les salons recherchent. (Certains préfèrent les femmes « parce qu’elles n’explosent pas ».) Bien des patrons répugnent à apprendre le métier à un jeune qui s’achètera plus tard une boutique concurrente ou qui ira travailler à domicile en « cassant » les prix. Tant et si bien qu’on manque réellement de toiletteurs mais que l’embauche se pratique avec suspicion.

Le métier s’apprend généralement sur le tas. On commence par donner les bains. Puis on fait le démêlage. Attention ! l’étrille se manie énergiquement, mais jamais en biais (risque d’estafilade). Petit à petit on apprend à dégager les pattes. Et ainsi de suite. L’apprenti (mais il n’y a pas légalement de statut d’apprenti) progresse surtout si le patron lui confie rapidement la tondeuse ou si les autres toiletteurs acceptent de lui montrer certains tours de main. Sinon, il reste « baigneur » débutant, payé au Smic. Depuis le 15 septembre 1975, le Centre F.o.c.a.l. forme, ou perfectionne des toiletteurs.

Un bon toiletteur salarié gagne 40 % sur chaque chien. Mais en période creuse, il demande qu’un minimum de 2 000 F lui soit garanti. Et en pleine saison, il peut se faire avec les pourboires, de 10 à 20 F jusqu’à 4 000 F.

Les débouchés ? Il faut compter une cinquantaine de salons dans la région parisienne (dont quinze environ à Paris même), et une centaine en province. Mais beaucoup d’affaires ne tiennent qu’un an ou deux. D’autres, semi artisanales (trente ou quarante), n’emploient qu’un toiletteur, ou n’emploient personne. Les cabinets vétérinaires, qui se doublent parfois d’un salon de toilettage tenu par l’épouse du praticien, drainent une partie de la clientèle d’une façon que les chenils n’aiment guère « à chacun son métier » !

Cependant le toilettage répond à un besoin grandissant dans la mesure où la mode des animaux de compagnie s’étend et où le chien part de plus en plus en vacances avec ses maîtres. Soucieux de leur standing, ceux ci veulent promener un animal bien peigné. En province, la voiture favorise, dans un rayon de dix à quinze kilomètres, l’essor des salons de toilettage. Et dans la banlieue parisienne, la demande est encore supérieure à l’offre. Le Centre F.o.c.a.l. estime les besoins, pour toute la France, à trois ou quatre cents toiletteurs.

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