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 Vétérinaire Salarié

Actuellement 70 % des vétérinaires sont des praticiens libéraux (urbains, ruraux ou « mixtes »). Les autres environ quinze cents sont salariés ou fonctionnaires. Et il existe entre eux la plus grande disparité tant sur le plan de la rémunération que du travail. D’une façon générale, le geste de soigner a disparu. Dans ces carrières, on perd le contact avec les animaux. Nous en donnons malgré tout un bref aperçu : tous les futurs diplômés ne pourront s’installer à leur compte.

Dans la Fonction publique, les emplois sont donnés par voie de concours, parfois sous certaines conditions d’âge ou d’ancienneté dans l’exercice de la profession. Ou après une préparation spéciale complémentaire. De fait, les postulants sont encore moins nombreux que les postes.

Les vétérinaires inspecteurs du ministère de l’Agriculture ne sont que 350 (environ). Alors qu’il existe officiellement 504 postes budgétaires. Nombre de toute façon notoirement insuffisant, puisque le rapport Golvan estime qu’en 1980 la France devrait avoir 1 100 vétérinaires dans l’Administration et les Services sanitaires. Ce « vide » ne risque t il pas d’être dramatique ? Ces vétérinaires assurent deux très importantes fonctions : l’inspection des denrées alimentaires d’origine animale (abattoirs, contrôle des points de vente, des restaurants collectifs, etc), et le contrôle sanitaire de notre cheptel (lutte contre la brucellose, la rage, la tuberculose, la peste porcine, etc.).

Pour pallier cette carence, l’Administration fait appel à des vétérinaires libéraux (2 000 à 2 500) qui travaillent quelques heures, par mois, ou au maximum trente six heures par semaine, et sont rémunérés à la vacation. Au prix de 22,74 F de l’heure (au 1er avril 1975). Ce tarif est indexé comme tous les salaires de la Fonction publique.

Mais il apparaît dérisoire aux praticiens. Ils se déchargent partiellement de leur travail sur les préposés sanitaires (contractuels ou fonctionnaires) qui ont acquis le « coup d’oeil », et qui font mettre de côté les viscères ou les carcasses suspects. Le vétérinaire décide ensuite d’éliminer la bête : en partie ou en totalité. Quelquefois, mais rarement, le vétérinaire fait un prélèvement qui est envoyé au laboratoire des services départementaux, pour être analysé. Il arrive aussi que le préposé sanitaire remarque dans l’encolure d’un animal un implant remède autorisé ou prohibé (à base d’hormone, par exemple) ? On n’en tient pas compte, la réponse du laboratoire demanderait trop de temps.

Les jeunes vétérinaires ne s’intéressent pas à ces carrières administratives elles sont mal rémunérées. A titre indicatif, disons seulement qu’un vétérinaire inspecteur de classe normale débute à quelque 2 250 F par mois (salaire net, une fois les retenues de Sécurité sociale et de Caisse de retraite effectuées) auxquels s’ajoutent environ de 230 F à 320 F d’indemnité de résidence. Au sommet de la hiérarchie, un contrôleur général des Services vétérinaires perçoit, dans les mêmes conditions, dans les 5 700 F, plus une indemnité de 600 à 800 F. Les contractuels qui doivent tout leur temps à l’Administration touchent, selon leur échelon, de 3 500 F (plus une indemnité de 370 F) à 5 150F (plus 540 F).

L’État débloquera t il ces salaires ? Une augmentation déclencherait peut être des réactions en chaîne. Il faudrait revaloriser toute la Fonction publique !...

Le contrôle sanitaire du cheptel est effectué par des praticiens libéraux, et représente environ le tiers de leurs revenus. 

Les enseignants des Écoles vétérinaires sont victimes comme les enseignés 2 du malthusianisme que tout le monde dénonce. Ils sont trop peu nombreux (140) pour encadrer leurs élèves. D’après le rapport Golvan, ils devraient être 360. Et ils n’ont pas les moyens d’assurer valablement leur enseignement.

Veulent ils organiser un stage ? Le projet échoue : « il n’y a personne pour s’en occuper. Et pas d’argent ». Les stages d’ailleurs ne suffisent pas. Une ferme expérimentale devrait être adjointe à chaque École. La consultation des petits animaux ? Ce pourrait être une bonne chose si chaque cas était présenté correctement. Mais que faire quand on doit examiner vingt ou trente chiens et chats en moins de deux heures au milieu de quarante étudiants : (Que faire dans pareil tohu bohu ) ?

Certains se résignent. Et désertent les cours ! D’autres s’en vont : « Faire ça toute sa vie, non ! » Les jeunes commencent à bouger. Ils se sentent « coupés » de la profession. Ils enseignent sans avoir exercé. Le seul critère, pour être assistant, est de sortir d’une École vétérinaire « l’histoire du serpent qui se mord la queue ». Le concours de maître assistant comporte enfin des épreuves pédagogiques. Quant aux professeurs, ils sont nommés après avoir passé l’agrégation dont le « mémoire » demande essentiellement des connaissances livresques, alors que les enseignants devraient aussi être de véritables chercheurs. D’autre part, le jury de l’agrégation ne compte que des professeurs des Écoles. De là un certain mandarinat...

Les enseignants se plaignent encore de « vivre en vase clos ». Beaucoup réclament que des non vétérinaires nombreux (pharmaciens, médecins, ingénieurs chimistes, spécialistes en économie agricole, etc.) viennent donner des cours dans les Écoles. L’enseignement a besoin d’un sang neuf.

Les traitements vont de 2 500 F par mois pour un assistant débutant à un peu plus de 12 000 F pour un professeur hors échelle. Très peu accèdent à ce grade (quelques mois avant leur retraite).

Les vétérinaires militaires. Là aussi il y a crise de la vocation. La solde, modeste, est en cours de revalorisation. Actuellement, elle varie entre 3 000 et 7 000 F par mois, par exemple, en début et fin de carrière pour un officier vétérinaire. D’une façon générale, la solde est d’environ 10 % supérieure à celle d’un officier d’arme de même rang.

La France est divisée en sept régions militaires. Dans chacune d’elles, un vétérinaire officier supérieur joue le rôle de conseiller technique auprès du général. Il a sous ses ordres des vétérinaires adjoints répartis dans les garnisons. Leur rôle consiste essentiellement à contrôler les denrées alimentaires (viande, produits surgelés, etc.) destinés au personnel militaire. Ils travaillent en liaison avec les laboratoires des subsistances.

Fort peu de vétérinaires gardent un contact avec l’animal. Ce sont d’une part ceux qui achètent et soignent les chiens que l’Armée utilise . Et d’autre part, ceux qui sont affectés aux Sports équestres militaires, ou à la Garde républicaine de Paris. Ou encore ceux qui sont détachés à l’École nationale d’équitation. Par ailleurs, certains vétérinaires participent hélas ! aux expérimentations d’ordre scientifique et militaire : Top secret !

L’Armée recrute ces vétérinaires par concours au niveau des classes préparatoires des lycées ou dans les Ecoles de Maisons Alfort, Lyon et Toulouse. Elle paie les frais de scolarité, moyennant l’engagement d’accepter le statut d’officier. Les vétérinaires ont la possibilité de poursuivre des études dans l’Enseignement supérieur, en faculté (3e cycle, D.e.a.) ou dans certains organismes (Institut Pasteur).

Ce contrat avec l’Armée n’est pas signé à vie ; mais dans l’ensemble les vétérinaires restent au moins pendant quinze à dix huit ans. Ils bénéficient, par la suite, d’une retraite. Ceux qui travaillaient dans un laboratoire se reclassent facilement dans le civil. Il est beaucoup plus difficile de se mettre à faire de la clientèle. Le recrutement féminin, envisagé, n’est pas encore pratiqué.

Les vétérinaires de la Recherche d’État. Pas de poste vacant dans ce secteur, mais là encore le manque de vétérinaires est flagrant. Ils ne sont qu’une soixantaine à l’I.n.r.a. parmi quelque mille six cents ingénieurs agronomes, maîtres ès sciences des facultés, ingénieurs chimistes, pharmaciens, etc.

Pour l’administration, ils sont des « scientifiques » ou des « ingénieurs ». La carrière des premiers qui sont fonctionnaires est comparable du point de vue des grades et des traitements à celle des chercheurs du C.n.r.s., ou des enseignants des facultés. Un assistant débutant gagne un peu plus de 2 000 F par mois. Un directeur de la recherche, en fin de carrière, un peu moins de Il 300 F. A quoi s’ajoute, chaque semestre, une prime de recherche de 1200 1 000 (toujours de bas en haut de la hiérarchie).

Les vétérinaires dits « ingénieurs » appartiennent au cadre ( technique ). Ils font essentiellement de la recherche dite de développement. Ce sont des contractuels. Ils gagnent d’emblée dans les 3 000 F par mois mais plafonnent aux environs de 7 000 F. Prime de recherche selon l’échelon de 500 à 700 F par mois, environ.

Dans l’ensemble, ces traitements sont nettement inférieurs aux salaires des vétérinaires de l’Industrie, alors que ce décalage était peu important vers l’âge de 38 ans dans les années 1962 1968.

Les vétérinaires de l’Industrie. Les grandes sociétés de produits pharmaceutiques disent (sans humour) « ii est plus facile de trouver un polytechnicien qu’un vétérinaire ! » Le Syndicat des vétérinaires de la recherche et de l’industrie (qui regroupe à la fois les chercheurs du secteur privé et de la Fonction publique) incite fortement les jeunes à ne pas bouder le salariat dans les industries chimiques ou agro alimentaires « Il y a un marché à conquérir. » Alors que, d’autre part, celui ci ne le sollicite pas l’industriel n’a pas toujours conscience de ce que la recherche peut lui apporter. Et pour le moment, la crise économique ne favorise pas le développement.

Il y a pourtant beaucoup à faire dans le domaine de la zootechnie. Certaines firmes, véritables centres d’engineering « vendent des techniques de productions animales : bâtiments, formules alimentaires, nouvelles souches génétiques, etc. » D’après le D Linder, Président du Syndicat, « élevage industriel ne veut pas dire gigantisme, mais élevage rationnel ». Mais la revue Syndicat national des vétérinaires français met en garde (dans le numéro d’octobre 1971) contre un certain progrès, « cause d’une dégradation de la qualité des aliments » . Et elle ajoute que l’action sanitaire du vétérinaire devra « s’intégrer dans les circuits de labels ». Soit : seul le progrès nous délivrera du progrès.

Quoi qu’il en soit, il faut évidemment avoir perdu « le complexe de la blouse blanche et du caducée ». Le rapport Golvan a fixé le nombre optimum de ces vétérinaires à sept cents pour 1980. Le salaire d’embauche est de 3 à 4 000 F pour douze, ou treize mois et demi, par an. Au bout de dix ou quinze ans, le vétérinaire qui assume des responsabilités de gestion peut gagner 20 000 F par mois. Sans la sécurité de l’emploi.

Par ailleurs, les grands laboratoires engagent des vétérinaires comme démarcheurs. Ceux ci gagnent dès le début de 4 à 5 000 F par mois, plus un intéressement au chiffre d’affaires et une voiture fournie par la firme. Peu d’avancement par la suite. Enfin, d’autres vétérinaires salariés s’éparpillent un peu partout : Muséum, Coopération, centres d’insémination artificielle, sociétés protectrices des animaux... mais en très petit nombre.

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