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 Vétérinaire de la coopération

« Comment puis je faire pour devenir vétérinaire dans un parc national africain ? » Parmi les questions que posent les jeunes, celle ci revient constamment. Mais l’idée qu’ils se font du « vétérinaire » dans ce cas, est soit très fausse, soit très floue. Limitée la plupart du temps à l’image, vue à la télévision, d’une capture d’antilope ou de rhinocéros au fusil hypodermique. Il convient donc d’apporter deux précisions.

D’abord, c’est bien évident, on ne « soigne » pas les animaux sauvages. On ne contrarie pas la sélection naturelle, condition de la vie sauvage « Dieu merci, cela n’existe pas ; ce serait la pire des choses de se mettre à soigner les animaux malades ! » dit Pierre Pfeffer, zoologiste et président de la Commission scientifique du W.w.f. Ensuite, tous les parcs nationaux ont besoin, c’est vrai, d’équipes de chercheurs scientifiques, capables de définir les meilleures conditions écologiques d’aménagement des réserves ouvertes au public. Mais d’une part, les experts de faune ne sont pas obligatoirement des vétérinaires 2 Et d’autre part, l’offre de postes dépend d’un très vaste programme international d’aide aux pays africains francophones, qui pose de multiples problèmes, de financement en particulier.

Le jeune vétérinaire qui veut partir outre mer peut donc le faire, mais en général dans le cadre de l’assistance technique française en matière d’élevage, dans les Etats ayant conclu avec la France certains accords de coopération surtout en Afrique de l’Ouest et à Madagascar.

On compte actuellement environ deux cents vétérinaires de la coopération technique, dont cent cinquante sont en activité « sur le terrain ». Parmi ceux là, deux privilégiés se penchent sur les problèmes de la faune sauvage. L’un enseigne à l’École de faune de Garoua, au Nord Cameroun, financée entre autres par la F.a.o., pour la formation du personnel fonctionnaire des réserves d’Afrique occidentale et centrale’. L’autre, titulaire d’un certificat d’écologie après son doctorat vétérinaire, est chargé par le service des parcs et réserves du Gouvernement du Tchad, des recensements de faune et de l’aménagement des parcs nationaux du pays. Deux postes seulement, donc, offerts aux Français, deux chances qu’il fallait saisir au bon moment. Tous les autres vétérinaires de la coopération s’occupent plutôt d’animaux domestiques : d’élevage et d’exploitation des produits d’origine animale.

Ceux ci remplissent dans les États africains des fonctions de responsable ou de conseiller, et peuvent choisir dans la mesure où le ministère de la Coopération reçoit plusieurs propositions de postes. Ils interviennent dans les services de prophylaxie, les stations d’élevage, les services d’études du développement de l’élevage. Ou encore dans les laboratoires de recherche et de production, et dans l’enseignement zootechnique et vétérinaire.

Ainsi, pour partir, sauf pour le Maroc et l’Algérie qui offrent encore par recrutement direct des postes à des vétérinaires coopérants, il est indispensable de se spécialiser en élevage et en pathologie exotique. En France, le jeune diplômé de nos trois écoles vétérinaires doit suivre pendant un an les cours de l’I.e.m.v.t. (Institut d’élevage et de médecine vétérinaire des pays tropicaux) à Maisons Alfort. Cet institut est sous tutelle du ministère de la Coopération. Jusqu’en 1973, l’enseignement était gratuit. Actuellement, les frais de scolarité sont très élevés (environ 13 000 F par an) et les 9/10e des élèves sont boursiers.

En France, six bourses d’études sont accordées chaque année par le ministère de la Coopération. L’I.e.m.v.t. est chargé d’instruire les dossiers de candidature Il accueille environ dix huit à vingt élèves par an, dont six à huit Français. Les autres sont des Africains francophones ou des étrangers venus de toutes les parties du monde. Tous les étudiants étrangers sont titulaires d’un diplôme de vétérinaire, boursiers pour la plupart de leur pays d’origine ou d’une organisation internationale. En fin d’études, un diplôme de spécialisation d’élevage et de médecine vétérinaire tropicale est délivré par le ministre de la Coopération.

En France, l’attribution de la bourse est conditionnée par la signature d’un engagement de six ans, dont une année peut être déduite si le service national est effectué en coopération, ce qui se fait dans la majorité des cas. Le diplôme n’est remis qu’après soutenance de la thèse de doctorat. En principe, le jeune diplômé signera trois contrats de deux ans, avec le ministère de la Coopération ou avec l’I.e.m.v.t., en fonction des postes disponibles. A titre indicatif, un célibataire peut gagner par mois, selon les pays, entre 6 000 et 8 000 F.

Or, on fait de moins en moins appel à des Français, force est de le reconnaître. Autrefois, l’essentiel de la coopération technique était assuré par des fonctionnaires. Mais le corps autonome des vétérinaires inspecteurs de l’élevage et des industries animales ne recrute plus depuis 1958. Aujourd’hui, tous les nouveaux vétérinaires de la coopération sont contractuels ils peuvent néanmoins devenir fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, qui les détache auprès du ministère de la Coopération, pour servir dans les États d’Afrique noire francophone. Pour les autres États, l’assistance technique dépend du ministère des Affaires étrangères .

Cette situation est facile à comprendre. D’une part, le nombre des possibilités d’emploi en Afrique francophone diminue au fur et à mesure que les Africains se forment. Ils se spécialisent à l’I.e.m.v.t. en France, à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers en Belgique, à Dakar qui a ouvert depuis cinq ans avec l’aide de la France une École des sciences et de médecine vétérinaires et même à Rabat, qui possède depuis deux ans un Institut agronomique avec section vétérinaire. L’ouverture de ces deux écoles de Dakar et de Rabat a offert quelques postes d’enseignants aux vétérinaires français qualifiés. Mais d’autre part, les possibilités de la coopération, en France, ne sont plus du tout adaptées aux besoins des pays en voie de développement. Et c’est surtout ici que le bât blesse.

« On a dépassé l’aspect assistance technique : les pays africains francophones ont surtout besoin d’experts, ce qui exige de plus en plus la formation de spécialistes compétents », dit le Dr vétérinaire Tillien, chef de la division Enseignement à l’I.e.m.v.t. En effet, pour développer la production animale et les revenus économiques du pays, pour étudier les pâturages naturels et les problèmes spécifiques de l’élevage en Afrique, il faut, entre autres, des agropastoralismes, des zootechniciens, des économistes... Comme il faut des experts de faune zoologistes ou écologistes pour éviter des catastrophes dans l’aménagement des parcs nationaux.

Mais le gouvernement français se laisse dépasser par les pays étrangers qui s’intègrent dans les organisations internationales. Il estime, semble t il, que l’on ne peut pas faire carrière actuellement dans la coopération et il accorde pour le moment l’essentiel de son financement pour une coopération directe, bilatérale. Pourtant, la F.a.o. offre, par exemple, des postes de « juniors experts » aux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur de tous les pays, mais la France n’en propose pas, bien qu’elle participe au financement de la F.a.o. Au niveau de la faune, il faudrait mettre en place un certain nombre de postes budgétaires d’experts associés, pour permettre à de jeunes vétérinaires français de se former sur le terrain auprès d’experts internationaux qualifiés. Et de travailler ensuite en fonction des propositions de postes de la F.a.o., notamment. En effet, les « juniors experts » sont rétribués par leur gouvernement d’origine, les « seniors experts » seulement (ayant cinq à sept ans d’expérience) étant payés directement par la F.a.o.

Pour le moment, malgré certaines prévisions optimistes qui annonçaient une demande annuelle de vingt vétérinaires coopérants jusqu’en 1980, l’I.e.m.v.t. continue de spécialiser par an une demi douzaine de boursiers, ce qui correspond largement aux disponibilités de postes.

Pourtant, la France ne manque pas d’instituts et d’enseignants qualifiés pour commencer la formation des experts dont l’Afrique a besoin. L’I.e.m.v.t. organise d’ailleurs des cours de spécialisation d’une durée d’un ou deux ans selon l’option, en collaboration avec d’autres établissements d’enseignement supérieur, comme l’institut Pasteur (pour la microbiologie) ou l’O.r.s.t.o.m. (pour la protozoologie et l’entomologie) . Pour quoi faire, hélas, s’il n’y a pas de postes accessibles aux Français ?

A l’heure actuelle, les nouveaux diplômés intéressés par la protection de la faune sauvage, en sont réduits à attendre leur chance, en faisant éventuellement des stages en « canine » ou en « rurale ». Ou à accepter d’être envoyés en poste à un titre quelconque, en intervenant le cas échéant sur le plan personnel s’ils sont spécialisés en microbiologie ou en parasitologie par exemple.

Bref, dans ce domaine, c’est toute une politique qui est à revoir. Il faudrait rapidement redresser la situation, pour éviter une crise grave dans les années à venir.

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