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 Zoologiste

Qui, aujourd’hui, plus qu’un zoologiste, peut être conscient de la destruction lente mais impitoyable des espèces animales, dont le nombre et la diversité sont fabuleux ? Les espèces décrites chez les insectes sont de l’ordre du million. Mais l’Encyclopédie du Monde animal (Vallardi edizioni periodiche, Milan, 1962) « précise que la systématique des insectes, loin d’être achevée, doit s’ouvrir à quatre ou cinq millions d’espèces, ». L’inventaire des autres groupes est aussi impressionnant 19 000 poissons, 8 500 oiseaux, 2 500 reptiles, 5 000 mammifères... Autant dire tout de suite que la description du travail d’un zoologiste (mammalogiste, ornithologiste, herpétologiste, entomologiste...) est impossible en quelques pages. Nous nous contenterons d’en définir l’essentiel.

Depuis cinquante ans, grâce à l’évolution des techniques scientifiques et face à la dégradation incessante du milieu naturel, le rôle du zoologiste a bien changé il veut avoir une connaissance complète des mécanismes qui déterminent la physiologie, l’écologie, le comportement des espèces animales. Hier, il y avait le « naturaliste de cabinet », qui étudiait en laboratoire les spécimens rapportés par le « naturaliste voyageur », chargé de collecter les animaux morts. Le travail de ce dernier se bornait à capturer et à préparer le « matériel ». Aujourd’hui, la grande période de systématique pure est révolue on fait moins de zoologie descriptive et moins aussi de recherche individuelle. Mais on n’aura jamais fini d’apporter des corrections ou des compléments d’information aux théories élaborées précédemment.

Les jeunes zoologistes partent eux mêmes sur le terrain, en mission scientifique, collecter leurs animaux qu’ils rapportent souvent vivants pour les étudier en laboratoire. Chacun étant maintenant spécialisé dans une ou plusieurs disciplines dérivées de la zoologie biologie, physiologie, écologie, éthologie (étude du comportement) et non plus seulement systématicien.

Pour le systématicien, les choses se passent à peu près toujours de la même manière : l’animal oiseau, mammifère ou reptile dont on a déterminé l’espèce, est méticuleusement étiqueté, puis sa peau est confiée aux taxidermistes. Ils sont une dizaine au Muséum, où l’on conserve ainsi depuis des années des centaines de milliers d’animaux 2 Mais, à notre époque, la plupart des grands mammifères sauvages sont devenus trop rares pour que l’on puisse les naturaliser.

Certes, outre les collectes pour certaines espèces dont la systématique n’est pas étudiée ou bien nécessite des mises au point de détail (comme le vaste groupe des rongeurs, entre autres), il existe encore des missions pour enrichir les collections. Mais tous les zoologistes actuels s’indignent qu’on puisse leur attribuer la plus mince part de responsabilité dans la disparition de certaines espèces animales, dont les effectifs ont été décimés par les collectionneurs. Comme le grand pingouin de l’Atlantique nord, espèce éteinte dont il ne reste que douze oeufs dans le monde, jalousement conservés parfois dans le coffre d’une banque. Comme le rarissime papillon de nuit La Graellsia, scandaleusement piégé. « Ces collectionneurs, dit Pierre Pfeffer, maître de recherche au C.n.r.s. et attaché au Muséum, ne sont pas des scientifiques ». En effet les prélèvements faits avec discernement dans la nature pour la recherche fondamentale en histoire naturelle sont infimes, en regard des destructions massives et aveugles des mercantis et des braconniers, ou de la dégradation des habitats sauvages.

Cela dit, les missions sur le terrain ne sont pas forcément fréquentes. Qu’il s’agisse de stages de perfectionnement dans les laboratoires des divers organismes de recherche d’État qui accueillent des chercheurs, ou de collectes de matériel vivant ou mort. Michel Tranier, 29 ans, assistant au Muséum depuis cinq ans, en compte quatre en tout, d’une durée de quinze jours à un mois, depuis son entrée ici. Le Muséum est pauvre le budget « missions » de chaque laboratoire est dérisoire. Les zoologistes doivent chercher des ,fonds auprès d’autres organismes d’État pour leurs voyages d’exploration scientifique.

Michel Tranier est spécialiste des petits mammifères. Après une formation de vétérinaire à l’École d’Alfort, il a fait un D.e.a. d’écologie animale à l’École normale supérieure, puis des stages dans les laboratoires d’écologie de l’O.r.s.t.o.m. Dans son bureau labo, il élève les petits rongeurs qui lui ont été rapportés d’une mission au Tchad. Il s’agit d’abord d’en comparer les caractères morphologiques externes avec des spécimens types d’espèces de même genre.

« Puis les animaux sont sacrifiés après une imprégnation de 1 h 30 par la colchicine » (un alcaloïde toxique extrait des k graines de colchique). Pour faire leur caryotype, c’est à dire l’étude de la formule chromosomique. Car les chercheurs ont découvert une nouvelle méthode de classification, fondée sur la carte chromosomique : la cytotaxonomie. Ce mot barbare signifie en clair que l’étude de la cellule permet avec certitude de ranger un animal dans telle ou telle espèce. Et de mieux comprendre les mécanismes de l’évolution. La biologie est l’une des sciences qui ont accompli le plus de progrès en quelques années.

« Je fais moi même ma cuisine histologique », dit Michel Tranier (c’est à dire le prélèvement et la préparation des tissus à étudier au microscope). Il doit aussi écrire les étiquettes avant de faire passer les animaux en collection. Le chercheur du Muséum perd souvent un temps précieux à faire du travail matériel. Car il doit encore lire les travaux des autres, discuter avec son patron scientifique, et rédiger le résultat de ses recherches. En effet, les publications de systématique sont la base de tout avancement. C’est à la description de ses travaux qu’on juge un chercheur. C’est en publiant qu’on gravit les échelons au Muséum assistant, maître assistant, sous directeur, directeur de laboratoire. A condition qu’il y ait, évidemment, des postes disponibles ! Michel Tranier en attend un depuis cinq ans il occupe provisoirement celui d’un fonctionnaire détaché .

La situation de Jacques Vielliard, 30 ans, est tout à fait différente. Ornithologiste, après une maîtrise d’écologie générale, il a le titre d’attaché au Muséum, honorifique, mais qui facilite les échanges de travaux et l’accès aux collections, notamment. Il est chargé de cours à l’École normale supérieure six heures seulement par an, dans le programme de première année du 3e cycle d’écologie générale . Il assure par ailleurs le secrétariat de rédaction de la revue de la Société d’études ornithologiques, dans un bureau que l’E.n.s. met à sa disposition. L’autre moitié de sa vie se passe en missions à l’étranger, après accord contractuel avec les gouvernements, par l’intermédiaire du ministère des Affaires étrangères. Travail passionnant mais aléatoire contrats ne sont pas fréquents.

La situation des ornithologistes est en effet assez particulière : les débouchés sont rarissimes. Les professionnels sont très peu nombreux au C.n.r.s. Au Muséum, ils continuent des études de systématique et font des recherches sur les migrations. L’avantage des oiseaux, c’est qu’on peut les voir facilement dans leur milieu naturel avec une bonne paire de jumelles, l’observation et la détermination des oiseaux peuvent se faire partout et en toute saison. Il était normal que l’ornithologie devienne une activité d’amateurs : « Trop d’amateurs sans directives suffisantes ont un peu discrédité l’ornithologie en France, dit Jacques Vielliard. Mais certains ont acquis des connaissances., aussi approfondies que les professionnels. »

Il existe en France trois associations importantes d’ornithologie et un grand nombre de groupes régionaux et de clubs de jeunes. Ceux ci peuvent acquérir une formation de base dans divers camps d’initiation et de baguage ces derniers sous le contrôle du C.r.m.m.o. (Centre de recherches des migrations des mammifères et des oiseaux, qui dépend du Muséum). « Mais, dit Jacques Vielliard, ce n’est pas parce qu’ils auront été en camp de baguage que ces
jeunes seront ornithologistes et qu’ils auront une possibilité de carrière ! »

Pour 1976, les stages de baguage sont provisoirement suspendus au C.r.m.m.o. : il s’agit maintenant d’analyser les résultats des reprises des années précédentes. Le baguage permet surtout de connaître les migrations des oiseaux. Les bagueurs sont essentiellement des amateurs, qui ont pour tâche de passer un anneau numéroté à la patte des oiseaux capturés au filet, et immédiatement relâchés. Activité d’amateurs certes, mais qui doivent être sérieusement formés et encadrés. Il existe d’ailleurs une coordination entre tous les centres de baguage européens.

Si un jeune souhaite vraiment devenir ornithologiste, il est indispensable qu’il fasse en amateur des observations « de terrain » dans un club spécialisé. Et qu’il acquière parallèlement une formation scientifique. Il n’y a pas d’enseignement spécifique d’ornithologie, mais on peut faire un D.e.a. d’écologie animale et prendre contact avec un professeur pour préparer sa thèse de 3e cycle. Rappelons le : les débouchés sont très limités. Les aéroports ont occasionnellement besoin d’ornithologistes pour étudier les dangers de collisions entre avions et oiseaux migrateurs. Et la F.a.o. engage quelquefois des écologistes spécialisés en ornithologie pour la défense des cultures africaines contre les oiseaux granivores ou frugivores (mange mil en Afrique noire, étourneau dans les oliveraies de Tunisie)...

En ce qui le concerne, Jacques Vielliard vient de faire deux missions au Brésil, dont une pour le ministère de l’Agriculture. Le problème à résoudre : des cultures dévastées par un Hémiptère qui suce la sève des végétaux. Il a trouvé la solution une espèce d’oiseau, un Ictéridé, qui se nourrit essentiellement de cet insecte.

C’est ce qu’on appelle la lutte biologique.

Mais, dans ce domaine, ce sont surtout les ’entomologistes qui ont trouvé là une mise en application de leurs recherches monumentales . Pourtant le monde des insectes, comme celui des reptiles, est encore loin d’être complètement exploré. Le domaine de la zoologie est immense. Au C.n.r.s., au Muséum, à l’O.r.s.t.o.m., dans les laboratoires des universités, les biologistes, physiologistes, écologistes continuent de faire de la recherche fondamentale. Sans laquelle nous n’aurions jamais de réponse à tous nos actuels problèmes de civilisation.

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